Philosophie

Est-ce l’heure d’oublier ?

 

C’est l’heure d’oublier…
Cela semble être devenu le « slogan » des hommes ces derniers temps. Et, en vérité, le profond contenu de compréhension que renferme cette belle expression nous touche.

Jour et nuit, hiver et printemps se succèdent
Jour et nuit, hiver et printemps se succèdent

Indubitablement, la vie est pleine d’obstacles, d’expériences douloureuses, de maux parfois inévitables qui emplissent nos yeux de larmes rien qu’en y pensant. C’est pourquoi nous paraît louable la tentative de renoncer à la saveur amère et aux rancœurs qui encombrent le cœur et rendent l’action difficile.
Est-ce l’heure d’oublier ?

Mais c’est une chose de travailler libérés de rancœurs, et c’en est une autre bien différente de le faire dans un perpétuel état « d’amnésie ». C’est une chose que la générosité de cœur qui comprend qu’il est nécessaire de continuer par-delà les douleurs, et c’en est une autre que d’oublier le motif des douleurs. Si un homme se brûle la main, il est mille fois plus prudent qu’il cherche un remède à sa blessure et qu’il essaie de ne pas fixer en permanence son esprit sur sa douleur, mais cela ne lui apporte rien d’oublier quel a été le feu qui l’a brûlé.

C’est pour cela que nous proposerions un « slogan » différent. C’est l’heure de comprendre.
Printemps et l’hiver se succèdent l’un à l’autre dans une guerre apparente qui échappe à notre esprit borné. Mais la nature nous montre un conflit sain, d’où surviennent croissance et construction, enracinés dans des étapes de destruction et de silence. Nous les hommes, avons aussi des jours et des nuits, des moments obscurs de la civilisation et des moments lumineux. Les uns et les autres ont des causes profondes, et le conflit marque toujours l’arrivée de chacun de ces moments.

C’est pourquoi l’étude approfondie est préférable, la compréhension de ces crises et pas leur oubli. De la compréhension naît la sagesse, et c’est la seule façon que nous ayons de faire que les crises soient un peu plus supportables.

Nous devons faire attention à ceux qui nous poussent à un oubli total de l’histoire : eux ne tendent qu’à des « tables rases », qu’au mental blanc, pour pouvoir répéter grâce à cela des processus de revanche et non d’évolution. Ce qui équivaudrait à apprendre chaque jour à marcher, à parler et à manger, comme si on n’avait jamais vécu avant chaque matin. On n’aboutit alors qu’à perdre du temps et la qualité d’hommes intelligents.

C’est l’apanage de l’homme d’effacer l’ignorance à mesure qu’il avance ; et le souvenir salutaire est son meilleur allié. On dit que l’homme est l’unique animal qui trébuche deux fois sur la même pierre… et cela lui arrive parce qu’il ne se souvient pas.

Traduit de l’espagnol par M.F. TOURET
Par Délia STEINBERG GUZMAN

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