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Rencontre des cinq continents au musée du Louvre, l’unité dans la diversité

Cet hiver, le Louvre a ouvert la Galerie des cinq continents dans l’ancien pavillon des Sessions, en intégrant les objets de sa collection et de celles du musée du Quai Branly Jacques Chirac et du musée Guimet. Ce faisant, il replace l’universel et l’unité dans la diversité, en tant que clé de compréhension de l’activité humaine dans les cinq continents.

Le président du musée du Quai Branly, Emmanuel Kasarhérou, explique : « Les collections ne sont pas présentées chronologiquement, ou regroupées en aires géographiques, mais sont découvertes à travers des thèmes et des questionnements universellement partagés :  naître et mourir, manifester son autorité, asseoir son prestige… Ainsi une maternité dogon et une Vierge à l’enfant espagnole de la même époque coexistent tout naturellement ».

L’exposition ne cherche pas à comparer les arts mais à révéler les fondements anthropologiques de l’être humain, précisant les enjeux fondamentaux de l’existence humaine.

« La Galerie des cinq continents a vocation à inviter chacun à réfléchir à ce qu’une œuvre doit à son contexte, mais aussi à ce qu’elle nous apprend de l’universel si on s’émancipe un instant des dates et des frontières. » (1)

Invité de la chaire du Louvre en 2024, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, a tenu une série de conférences à l’auditorium Michel-Laclotte, qui ont donné lieu à l’ouvrage Les universels du Louvre. « De quoi donc les artefacts océaniens, américains, précolombiens, africains, parlent-ils entre eux ? […]. Que signifie comparer, dès lors qu’on peut en effet apparenter tout avec tout sur une base aussi vague qu’une ressemblance. […] Mais la vérité de l’apparentement est aussi dans la rupture, dans la différence, dans le décentrement. Elle n’est pas dans la volonté d’identifier à tout prix, mais dans la mise en dialogue. Car dans celui qu’il s’agit d’instaurer entre les œuvres, il est évident que les œuvres gardent leur distance. Que c’est même la distance qui est la condition du dialogue » (2).

Des thèmes universels

Parmi les thématiques que nous avons mentionnées, nous trouvons celle de la maternité. Si elles datent de la même époque, une maternité dogon et une Vierge à l’enfant espagnole n’ont en apparence ni le même sens ni la même fonction. Mais en Afrique comme en Europe, ces deux sculptures d’une mère tenant sa progéniture sur les genoux, expriment pourtant une même idée de protection, de lignage, et de transmission.

Concernant les figures protectrices, une tête de sculpture moaï (île de Pâques) et le sarcophage d’un prêtre égyptien n’ont rien à voir au niveau de leur esthétique mais la pierre des deux œuvres donne aux morts une présence durable parmi les vivants. Ils consacrent par leur décor et leur monumentalité, une promesse d’éternité : la solidité de leurs matériaux comme la magie des images et les formules qu’ils recouvrent doivent garantir la survie de la dépouille par-delà le temps.

Naître et mourir

Le visage dans toutes les cultures représente le siège de l’âme. Il fait objet d’une attention particulière dans le passage vers l’au-delà. Des masques en pierre de Teotihuacan aux masques réalisés à partir d’une feuille d’or repoussée et martelée, qui devait être appliquée sur le visage du défunt, aux masques égyptiens, tous ces visages semblent figés pour l’éternité, les traits stylisés d’une face sans expression ni identité propre, matérialisant le franchissement du seuil de l’existence.

Du vase maya qui donne forme au monde souterrain au globe céleste du monde islamique, toutes les civilisations ont cherché et cherchent à répondre aux questions fondamentales : d’où viennent-elles, comment fonctionnent-elles, que cachent-elles, quel est le rôle de l’homme dans le monde ?

L’exposition démontre que la matrice de tous ces arts et formes de représentations ont comme moteur profond la quête philosophique humaine qui se résume dans le paradigme de l’unité et de la diversité.

(1) Emmanuel Kasarhérou, Grande Galerie Le Journal du Louvre, Hiver 2025, propos recueillis par Adrien Goetz.
(2) Souleymane Bachir Diagne, Les Universels du Louvre, éditions Albin Michel, 2025, 240 pages, 22,90€
Fernand SCHWARZ
Fondateur de Nouvelle Acropole en France
Exposition
Rencontre des cinq continents
Jusqu’au 29 janvier 2026
Musée du Louvre
99, rue de Rivoli – 75001 Paris
Tel 01 40 20 53 17
https://www.louvre.fr/expositions-et-evenements/evenements-activites/rencontres-des-cinq-continents
Crédit photo : Photo fournie gratuitement par le Musée du Louvre
La revue Acropolis est le journal d’information de l’École de Philosophie Nouvelle Acropole France

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