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Seven women

Comment l’arrivée d’une septième femme bouleverse la vie d’une mission américaine.

Seven Women
Seven Women

En 1935 une mission américaine dirigée par six femmes est installée à la frontière sino-mongole, en proie aux tourments d’une horde barbare qui défie l’armée régulière. L’arrivée de la doctoresse Cartwright va bouleverser la vie et les règles.

Sorti en 1966, Seven Women est le chant du cygne de John Ford et un chef d’oeuvre d’une beauté éblouissante, d’une finesse totale et d’une grandeur humaine toute en dignité. Tout y est, le dévouement, la jalousie, l’héroïsme, la foi opposée à la science, toutes les valeurs de la bourgeoisie américaine dans un huit clos où la virtuosité de la narration montre à quel point le talent de John Ford était grand.

La gouvernante de la mission, Madame Andrews (l’actrice Margaret Leighton) immense personnage d’une belle complexité engagée dans sa religion et ses habitudes, refoulant au plus profond ses tendances lesbiennes, transforme ses frustrations en intégrisme religieux. Vient vers elle un personnage athée la doctoresse Cartwright (Anne Bancroft, éblouissante comédienne au talent fou) qui révèle à madame Andrews qu’elle se sert de la religion pour régner en dictateur. À travers elle, Ford détruit les valeurs de cette bourgeoisie américaine et exalte un personnage athée qui peut être bon et avoir des gestes d’une noblesse infinie face à une religion sclérosée. Elle ira même jusqu’au sacrifice de sa propre vie pour montrer qu’il faut dépasser le religieux pour atteindre la grâce.

Le film est une étude de la nature même de la religion et de la sexualité cachée des femmes dans une certaine circonstance. Chacune des femmes de la mission y est vue avec son caractère subtil et sa profondeur cachée. La première apparition d’Anne Bancroft contient à la fois ce mélange magnifique entre la pureté de la jeune femme et la fatigue désabusée de la vieille briscarde ayant traversé les malheurs du temps. La brutalité de l’arrivée des barbares est sans pitié et sans échappée. Les sept femmes sont exposées à la violence de primates inférieurs d’une cruauté sans nom. L’émotion y est constante, décuplée par la mise en scène discrète et grandiose, qui sait capter des gros plans sur les visages, qui leur confèrent immédiatement une aura de légende et qui alterne avec des plans d’ensemble, mettant merveilleusement en valeur le décor de la tragédie. Tragédie qui renoue avec la grecque : un seul lieu, des personnages qui meurent et des sentiments éternels. La musique prodigieuse de Bernstein joue ici à contre-emploi. On sort de ce film exsangue, abasourdi par tant de beauté et de justesse. Bancroft y est prodigieuse de bout en bout. Ah ce dernier plan de son visage d’une tristesse ravageuse… N’importe quel cinéaste se damnerait pour trouver une telle force de plan !

 Par Lionel TARDIF
Toiles du mardi
Mardi 16 avril 2013 à 19 heures
Espace Daniel Sorano, 16, rue Charles Pathé – 94300 Vincennes
Tel. 01 43 74 73 74 – www.espacesorano.com

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