
Pour célébrer le 200e anniversaire de la mort du peintre Jacques-Louis David (29 décembre 1825), le musée du Louvre lui a consacré une remarquable exposition qui se clôture le 26 janvier prochain.
Né dans une famille bourgeoise en 1748, Jacques-Louis David entre très jeune dans l’atelier de Joseph Marie Vien, peintre peu connu mais grand pédagogue. Il est ensuite admis à l’Académie Royale en 1766, mais c’est son séjour de cinq ans à Rome, qui ouvre son esprit vers le monde classique et le guidera dans sa peinture jusqu’à sa mort en 1825.
Un artiste engagé
Il s’engage avec passion dans la Révolution française et devient, comme le souligne le commissaire de l’exposition Sébastien Allard (1), le premier artiste engagé. Insatisfaction et orgueil semblent s’unir pour définir sa personnalité, nous rappelle Guillaume Faroult (2). Il devient le propagandiste en chef du nouveau monde.
Sébastien Allard souligne : « David ne se contente pas d’offrir de modèle à suivre : il confronte le spectateur au sacrifice que cela implique, donc à sa responsabilité », comme dans la toile Les licteurs rapportant à Brutus le corps de ses fils.
Brutus, un personnage de l’époque de la République romaine, s’est vu obligé à condamner ses fils à mort pour sauver la République, à qui ils voulaient porter atteinte. Le sacrifice de son sentiment paternel l’a plongé dans une grande mélancolie.
Ordonnateur des fêtes de la Révolution
Il devient le grand ordonnateur des fêtes de la Révolution, notamment pendant la période de gouvernance de Robespierre dont il fut un proche. C’est un metteur en scène exceptionnel. En 1792, il met en scène la fête de la Liberté et en 1794, celle de l’Être Suprême. Il crée pour la première fois un spectacle total, dans lequel le peuple est spectateur et acteur, habillé pour l’occasion. Il règle la scénographie, les décors, la musique et intègre la nature dans le décor.
Pendant sa jeunesse, il a fréquenté Diderot qui disait de lui « ce jeune a de l’âme ». Il fréquente aussi le dramaturge Sedaine et connait son œuvre Paradoxe sur le comédien. Il est très ami avec l’acteur Talma.
Inspiré des classiques, il jette aux orties les perruques poudrées et met en scène ses personnages vêtus d’une toge, jambes nues, cheveux courts. Il est à l’origine du récit d’un nouveau monde, plus sobre et épuré, avec des gestes précis, sans gesticulation.
S’il se tourne vers les modèles antiques, notamment ceux de la République romaine, c’est pour y puiser un idéal moral et politique, incarnant à ses yeux un exemple d’unité sociale, de vertu civique et de liberté, qu’il voulait traduire en art au service d’une société nouvelle, nous explique Alain Vircondelet (3).
« David, un composé singulier de réalisme et d’idéal »
David n’est pas seulement un peintre néoclassique. Il a aussi un côté obscur, radical et intransigeant, et n’exprime aucune humanité vis-à-vis des amis proches qui sont condamnés à l’échafaud pendant la Terreur, à laquelle il échappe de manière improbable. Sa radicalité et sa proximité avec Robespierre lui seront reprochées et jugées par la suite.
C’est Delacroix qui va le mieux cerner le style du peintre : « David, un composé singulier de réalisme et d’idéal ».
L’expression des vertus dans l’œuvre de David
Même avant la Révolution, ses tableaux fondamentaux exprimaient chacun une vertu, nécessaire à la bonne pratique de la citoyenneté. Deux ans avant la Révolution, en 1787, il peint La Mort de Socrate. C’est un hommage aux acteurs des Lumières. Socrate est pour eux celui qui fait redescendre la philosophie dans les débats de la cité. Par le geste d’accepter sa coupe de cigüe, Socrate témoigne de la primauté de la pensée sur la vie.
L’enlèvement des Sabines (1796-1799) est un plaidoyer pour la paix civile après la Terreur. Il souligne le rôle de la femme pour pacifier la société, avec le geste décidé et compassionnel de la Sabine qui s’interpose entre son père Tatius et son époux Romulus.
Le Serment des Horaces rappelle l’héroïsme et le patriotisme. Il célèbre les martyrs de la Révolution, avec La mort du jeune Bara, jeune adolescent de treize ans, dénudé par l’armée ennemie mais gardant dans sa main la cocarde révolutionnaire. Il veut ainsi promouvoir l’engagement absolu. Enfin, il fait un portrait presque christique dNapoléon 1er, e Marat assassiné, avec un visage presque contemplatif dans la mort.
Premier peintre de l’empereur Napoléon 1er
Malgré ses déboires après la Terreur, il retrouve une place de choix avec Bonaparte, l’un servant à l’autre. Il est d’une certaine manière le premier peintre de l’empereur. Son tableau Bonaparte franchissant le col du Grand-Saint-Bernard, exalté en figure de chef de guerre tel Hannibal et Charlemagne, apporte à Bonaparte l’image qui l’aidera à conquérir les esprits. Même s’il a en réalité traversé le col à dos de mulet, le mythe l’emporte sur l’histoire. Il retrouva Mars en Bonaparte, devenu son héros, la révolution radicale étant sa maîtresse.
En 1771, David peint son premier tableau, Le combat de Mars contre Minerve. L’inspiration du dieu martial guidera en permanence son œuvre et son esprit radical.
Le retour de la monarchie le conduit en 1816 à l’exil. Considéré régicide, il est banni à vie mais refuse toute démarche qui lui aurait permis un sort plus clément. Il s’installe à Bruxelles et en 1824, un an avant sa mort, peint son dernier tableau : Mars désarmé par Vénus et les Grâces.
Dans le premier, Mars est par terre implorant Athéna, dans un dialogue entre la combativité et la réflexion qui ne sont pas encore bien unies.
Dans le second, Mars est apaisé, laissant faire Vénus, traduisant la capacité à assumer sa propre fragilité devenue force d’amour. Cela reflète la propre évolution psychologique de David.
Ses images de propagande ont traversé les siècles et se retrouvent dans tous les manuels pour illustrer la Révolution et la République.



