
Dans un premier article nous avons vu comment la rupture de l’équilibre dans la nature provoquée par l’homme a modifié les conditions de la santé (1). Dans le second article nous allons évoquer les mesures globales à prendre pour préserver notre santé.
Pour préserver notre santé, les pratiques agricoles et alimentaires doivent évoluer vers des modèles plus durables, respectueux de l’environnement et de la biodiversité. Cela implique une transformation profonde de notre système alimentaire, de la production à la consommation.
Quelles seraient les pratiques essentielles à mettre en œuvre ?
Elles sont essentiellement de deux ordres : revoir nos pratiques agricoles, et revoir notre style d’alimentation / de vie.
Recourir à des pratiques agricoles préservatrices de la Santé
Les axes principaux visent à minimiser l’utilisation de produits chimiques, à préserver les ressources naturelles (sol, eau, biodiversité) et à favoriser la résilience des écosystèmes agricoles.
L’objectif est de pratiquer une agriculture véritablement biologique :
• Réduction des pesticides et produits chimiques de synthèse
L’AB interdit l’utilisation d’engrais chimiques, de pesticides, d’herbicides et de fongicides de synthèse, ainsi que les OGM. Cela diminue notre exposition directe à ces substances potentiellement nocives (perturbateurs endocriniens, cancérigènes), tant pour les consommateurs que pour les agriculteurs et les riverains.
• Meilleure qualité nutritionnelle
Certaines études suggèrent que les produits biologiques peuvent contenir des niveaux plus élevés de certains nutriments (vitamines, minéraux, antioxydants) et moins de résidus de substances indésirables (nitrates, cadmium, antibiotiques dans les produits animaux).
• Santé des sols et biodiversité
L’AB favorise la santé des sols par l’apport de matière organique (compost, fumier), la rotation des cultures et les cultures de couverture. Un sol sain est plus fertile, retient mieux l’eau et abrite une biodiversité microbienne essentielle, contribuant à des cultures plus robustes et nutritives.
• Développement de l’agroécologie et de la permaculture
– Diversification des cultures et des systèmes : ces approches prônent la polyculture, l’agroforesterie (intégration d’arbres dans les systèmes agricoles) et l’association de cultures. Cela renforce la biodiversité, réduit la pression des ravageurs et maladies (limitant le besoin de pesticides) et rend les systèmes plus résilients face aux aléas climatiques. Une plus grande diversité alimentaire est aussi bénéfique pour la nutrition humaine.
– Fertilisation naturelle et gestion de l’eau : utilisation de compost, fumier, engrais verts. Optimisation de l’utilisation de l’eau par des techniques d’irrigation efficaces, la rétention d’eau dans les sols et la collecte d’eau de pluie.
– Lutte biologique et auxiliaires de cultures : favoriser les prédateurs naturels des ravageurs (insectes, oiseaux) et les techniques de biocontrôle plutôt que les produits chimiques.
– Moins d’antibiotiques et bien-être animal : en élevage, l’agroécologie privilégie des pratiques qui réduisent le stress animal, améliorent l’hygiène et offrent un accès à l’extérieur, diminuant ainsi le besoin en antibiotiques et la propagation de l’antibiorésistance.
• Une agriculture sur « Sol Vivant », sans labour
– Préservation des sols : Minimise le travail du sol pour préserver sa structure, sa biodiversité et sa teneur en matière organique, limitant l’érosion et le lessivage des nutriments et des polluants.
– Réduction des émissions de gaz à effet de serre : Un sol sain stocke davantage de carbone.
• Des circuits de distribution courts et une agriculture locale
– Réduction de l’empreinte carbone : Moins de transport, donc moins d’émissions de gaz à effet de serre.
– Produits plus frais et de saison : Des produits récoltés à maturité et consommés rapidement conservent mieux leurs qualités nutritionnelles.
– Traçabilité et confiance : Permet une meilleure connaissance des méthodes de production et une relation directe entre producteurs et consommateurs.
• Réorientation sociologique du tissu économique :
– Mettre fin à la domination des secteurs tertiaire (80% des emplois en France) et quaternaire (sous-secteur lié au numérique). Restaurer le secteur primaire (agriculture), aujourd’hui réduit à moins de 2 % de la population contre 10 à 15 % avant la révolution verte des années 70, et plus avant.
– Réorientation / incitation vers des emplois liés à l’agroforesterie et le maraîchage sur sol vivant. Dans un esprit de « permaculture », de petites surfaces au lieu des « latifundias » encouragées par l’Europe depuis 50 ans. Une surface de 1 000m2 menée en permaculture produit autant qu’un hectare (10 000 m2) en agriculture conventionnelle.
Collectivement, modifier nos modes de consommation et adopter des pratiques alimentaires préservatrices de la santé
Ces pratiques vont de pair avec l’encouragement à des pratiques agricoles saines et visent à une alimentation équilibrée et respectueuse de l’environnement.
• Privilégier une alimentation majoritairement végétale
– Augmenter la consommation de fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, noix et graines : ces aliments sont riches en fibres, vitamines, minéraux et antioxydants, essentiels pour prévenir les maladies chroniques (maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, certains cancers).
– Réduire la consommation de viande rouge et de charcuterie : l’élevage intensif a un impact environnemental majeur (émissions de GES, consommation d’eau et de terres) et une consommation excessive de ces produits est associée à des risques accrus de maladies. Si l’on consomme des produits animaux, privilégier ceux issus d’élevages durables et extensifs.
– Varier les sources de protéines végétales : lentilles, pois chiches, haricots…
• Consommer des produits de saison et locaux
– Qualité nutritionnelle et gustative : les fruits et légumes de saison sont cueillis à leur pleine maturité, offrant un meilleur goût et une teneur optimale en nutriments.
– Moins de transport : réduit l’empreinte carbone et permet de soutenir l’économie locale.
• Privilégier les produits véritablement bio (qu’ils aient le label ou pas)
– Moins de résidus de pesticides : contribue à réduire notre exposition aux substances chimiques.
• Soutien à des pratiques agricoles plus respectueuses
Meilleure qualité énergétique
• Réduire le gaspillage alimentaire
– Impact environnemental : Le gaspillage alimentaire est une source majeure d’émissions de gaz à effet de serre et de perte de ressources (eau, énergie).
– Économies : réduire le gaspillage bénéficie également au budget des ménages.
– Planification des repas, juste portion (réduction du bol alimentaire, et retour à des quantités adaptées en Occident), réutilisation des restes.
• Limiter la consommation de produits ultra-transformés :
– Souvent riches en sucres ajoutés, en graisses saturées/trans, en sel et en additifs, et pauvres en nutriments essentiels. Leur consommation excessive est fortement liée à l’obésité, au diabète, aux maladies cardiovasculaires et à d’autres problèmes de santé.
– Privilégier les aliments bruts ou peu transformés et cuisiner davantage à la maison. Donc, revoir son style de vie, davantage de temps convivial à la maison, moins d’écrans, etc. Ceci fait aussi partie d’un équilibre de santé.
• Boire de l’eau du robinet
– Écologique : Réduit la production de déchets plastiques liés aux bouteilles d’eau.
– Économique et sain : L’eau du robinet en France est généralement de très bonne qualité et régulièrement contrôlée.
En adoptant toutes ces pratiques, nous contribuerons non seulement à notre propre santé mais aussi à celle de la planète, en ligne avec le principe fondamental d’une vision « One Health ».
Il s’agit d’une démarche globale qui nécessite des changements à l’échelle individuelle, collective et politique pour transformer durablement nos systèmes alimentaires, développer une santé durable pour l’humain, le vivant sur Terre, et pour l’environnement en général.




