Spiritualité

Vaccin philosophique pour l’âme « Memento mori » : « Rappelle-toi que tu vas mourir »


« La perfection de notre conduite consiste à employer chaque jour que nous vivons comme si c’était le dernier, et à n’avoir jamais ni impatience, ni langueur, ni fausseté. Il nous faut nourrir l’âme avec la sagesse qui vient de l’acceptation de la mort ». Marc Aurèle

Nous voici devant une pensée qui reflète la force de caractère du stoïcien, qui pense la vie en incluant la mort. Memento mori : « Rappelle-toi que tu vas mourir » est un grand classique stoïcien. Pour le philosophe stoïcien, se rappeler qu’il est mortel le conduit à l’humilité de ses choix de vie, sans pour autant manquer l’ambition.

Dans cette peinture de Sandro Botticelli (1), véritable Memento mori, le jeune Jean-Baptiste, encore enfant, embrasse Jésus et lui souffle à l’oreille qu’il est mortel, pour se rappeler à sa condition humaine… En l’embrassant, Jésus accepte son destin, son sacrifice. Le geste de Marie, dans une infinie douceur, devient une préfiguration de la mise au tombeau, et le buisson de roses, une allusion par ses épines aux douleurs de la Vierge.

Memento mori est la formule latine, qui était répétée à certains généraux romains par leurs esclaves, car ils voulaient se la rappeler. Ce rappel a un sens philosophique thérapeutique sur l’âme et sur ses passions. Il donne lucidité sur nous-mêmes et les événements qui nous touchent, pour n’avoir « aucune pensée basse ni aucun désir excessif » (Manuel d’Épictète).
Cette attitude relativise tout ce qui nous touche dans la vie et qui parfois prend des formes d’expressions excessives, productrices de souffrances inutiles. Mais… nous allons mourir… peut tout simplement nous apaiser et nous rendre plus juste.
« Une vie malheureuse est plus insupportable que la mort », selon Sénèque. La mort n’est pas insupportable, qu’est ce qui peut nous troubler alors ? Si l’on reste en paix devant sa propre mort, que peut-il nous arriver ? que peut-on craindre de plus ? et comme le rajouter Sénèque, l’homme qui va mourir et sent sa vie se finir, a envie de faire de bonnes choses, sans chercher de récompense, puisqu’il va mourir !

Être stoïque se dit d’un comportement qui dénote une fermeté inébranlable, une grande impassibilité devant la douleur, le malheur, etc. Il s’agit donc d’un autre imaginaire. Celui comme le signale Sénèque de considérer sa vie comme un simple voyage : « Toute la vie n’est qu’un voyage vers la mort ». Notre seule certitude est que nous allons mourir. Dans notre culture occidentale, beaucoup préfèrent ne pas y penser, pour éviter l’angoisse de sa finitude, se rassurer. Sénèque à sa manière nous rassure … « Après la mort, il n’y a rien, et la mort elle-même n’est rien » …
La crainte de la mort est la source de tous nos troubles, selon Épicure. Ainsi Marc Aurèle lui-même enseigne : « La mort et la vie, la gloire et l’obscurité, la douleur et le plaisir, la richesse et la pauvreté, toutes ces choses échoient également aux bons et aux méchants, sans être par elles-mêmes ni belles, ni laides. Elles ne sont donc ni des biens ni des maux ». (Pensées pour moi-même, Livre II, XII). La mort compte parmi les « choses indifférentes » dans l’éthique stoïcienne. Elle est un phénomène naturel, s’inscrivant dans l’ordre du monde, comme une loi naturelle.

Se sentir mortel éveille la compassion, et la bienveillance envers soi-même et les autres. La conscience se place dans une perspective éphémère, comme les bouddhistes quand ils méditent sur la nature profonde de l’impermanence.
Il s’agit donc d’une posture intérieure d’acceptation, qui dilate l’âme, arrose le cœur, refroidit nos ardeurs pour gagner en fermeté et en volonté de ne pas gaspiller le temps précieux de nos vies, octroyées en toute générosité par le destin de chacun.

Bonne méditation à tous !

Exercice philosophique : Médite sur ta finitude
Laisser émerger en soi la capacité à rester stable devant sa mort, sans chercher à se rassurer.
Quel sentiment émerge en nous, face à l’idée de notre mort ?
Si nous devions nous définir en quelques mots dans cette vie passée, comment le ferions-nous ?
Que voulons-nous laisser ?
À quoi a servi ma vie ?

Exercice d’écoute musicale :
Nocturne de Chopin, N°20.
https://www.youtube.com/watch?v=tfJe6ioN_LI

(1) Lire l’article d’Isabelle Ohmann, Botticelli, philosophe de l’amour, paru dans la revue Acropolis N° 335 (Décembre 2021) https://www.revue-acropolis.fr/botticelli-philosophe-de-lamour/
par Catherine PEYTHIEU
Formatrice de Nouvelle Acropole Paris V
© Nouvelle Acropole

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