La santé en danger aujourd’hui – La vision holistique de « ONE HEALTH »

Les Anciens avaient à cœur de préserver la santé, voire de la prévenir. De nos jours, la santé est mise en péril par l’arrivée et l’augmentation de maladies nouvelles et d’agents pathogènes. La cause se trouve dans la façon dont nous traitons la nature, rompant ainsi les équilibres de la vie. Il est urgent de développer une approche plus respectueuse et intégrée de la nature qui sera bénéfique pour tous les êtres vivants
Dans un premier article nous étudierons comment l’approche de la santé s’est modifiée au fil du temps en même temps que l’homme s’est éloignée de la nature qu’il a exploitée abusivement pour arriver aujourd’hui à des débordements qu’il ne maîtrise plus.
Dans les temps anciens, la déesse Hygie, fille d’Asclépios, le dieu de la Médecine, était, avec Panacée, sa sœur, garante de la santé par la prévention.
Notre civilisation moderne semble l’avoir totalement oubliée, pour ne s’en tenir qu’à la dimension curative de la médecine, oubliant que durant des millénaires, nos prédécesseurs, tant d’Occident que d’Orient avaient toujours vu les deux aspects de la santé, préventif et curatif. Les Chinois considéraient que « se préoccuper de sa santé quand la maladie est là, est aussi insensé que de commencer à forger son épée au cœur de la bataille ».
De la prévention aux remèdes de « bonne fame »
Effectivement, dans toutes ces civilisations, la prévention était jugée primordiale, et elle était enseignée à tous, les soins curatifs seuls, étant l’apanage des médecins.
Ainsi, à l’époque du Moyen-Age occidental, la santé des Chinois, bien que matériellement encore plus pauvres que les Occidentaux, était bien meilleure, car toute mère de famille connaissait la manière de prévenir la maladie et rétablir la santé, par une alimentation équilibrée et saine, même limitée.
En plus de cette diététique de prévention, ils possédaient souvent une diététique de restauration, avant d’avoir recours aux médicamentations des spécialistes, ceux-ci, peu nombreux, n’intervenant qu’en dernière instance.
En Occident, l’équivalent s’est développé aussi, bien que de façon plus limitée, et nous connaissons ces pratiques comme « remèdes de bonne fame » (et non pas de « bonne femme », expression dépréciatrice commune). Ces remèdes de « buona fama » ou de « bonne renommée » étaient l’équivalent de notre pharmacie domestique actuelle.
Actuellement, bien que la médecine développe des exploits dans de nombreux domaines, nous n’avons jamais vu autant de « maladies nouvelles » apparaître, et il n’y a jamais eu autant de gens malades. On dit souvent des premières qu’elles n’étaient pas identifiées, et des seconds que l’on vit plus vieux et que c’est normal.
Mais on peut douter en partie de cette façon facile de voir les choses, car les Anciens étaient souvent très précis dans la description des symptômes (et ceux-ci sont nouveaux), et il y eut aussi des périodes durant lesquelles il n’était pas rare d’être centenaire (exemple de la Chine, au Japon, etc). Mais nous laisserons ce sujet pour un autre débat.
L’important pour notre moment historique est que nous sommes face à de multiples domaines dans lesquels les équilibres de santé sont rompus, et que l’approche « symptomatique » de la médecine actuelle ne semble plus en mesure d’en contrôler les débordements. Une approche globale, holistique, intégrative, essayant de comprendre les causes non seulement immédiates mais aussi plus lointaines semble indispensable. Et pour cela adopter le double focus d’une approche intégrative de la santé comme prévention, et de la médecine comme solution de restauration. Cet article traite de ce premier volet.
Une seule Santé
Le concept de « One Health », (« Une seule Santé »), est apparu face à la prise de conscience que les réponses spécifiques, cloisonnées n’étaient pas suffisantes. Cette approche intégrée et unificatrice vise à équilibrer et optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes.
Synthétiquement, elle constate que la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement au sens large (y compris les écosystèmes) sont étroitement liées et interdépendantes.
Or, notre relation actuelle à la nature est souvent caractérisée par une exploitation intensive et une déconnexion grandissante, et met notre santé humaine en péril de multiples façons, souvent interconnectées et complexes.
Notre monde lui-même de plus en plus interconnecté, réduit le temps et l’espace.
Une maladie peut se propager entre différents systèmes, d’un point à l’autre de la planète, très rapidement. La pandémie de COVID-19, par exemple, a mis en lumière cette interdépendance forte. Il faut donc se préparer et répondre aux menaces sanitaires mondiales.
Une approche multifactorielle
Les constats sont clairs quant au développement de différents fronts :
– Maladies zoonotiques : Une grande majorité des maladies infectieuses émergentes chez l’homme (environ 75%) ont une origine animale (grippe aviaire, Ebola, la rage ou le Zika). La destruction des habitats naturels favorise les contacts entre les hommes et les animaux. L’approche intégrative permet de comprendre et de prévenir la transmission de ces maladies entre les animaux et les humains.
– Résistance aux antimicrobiens (RAM) : La résistance aux antibiotiques est un problème de santé publique majeur qui ne concerne pas seulement les humains. L’utilisation d’antibiotiques dans l’élevage ou l’agriculture peut contribuer au développement de la RAM, qui se propage ensuite dans l’environnement et affecte potentiellement la santé humaine et animale. Il faut penser une gestion plus responsable des antimicrobiens à tous les niveaux.
– Sécurité alimentaire et nutrition : une production alimentaire saine est liée à la santé animale et environnementale. La contamination des aliments et des sols, l’utilisation massive de traitements chimiques ont des répercussions sur la santé de tous.
– Changement climatique et environnement : les bouleversements environnementaux, la perte de biodiversité, la pollution de l’eau et de l’air ont un impact direct sur la santé humaine et animale, et favorisent l’émergence de nouvelles maladies, par la prolifération ou le déplacement géographique de vecteurs de maladies (moustiques, tiques) vers de nouvelles régions,.
– Santé des écosystèmes : La dégradation des écosystèmes entraîne la perte d’espèces, mais aussi l’émergence de nouveaux agents pathogènes ou la prolifération de vecteurs de maladies (comme les moustiques) par la disparition de leurs prédateurs, ou l’émergence de nouvelles conditions propices.
– Impact sur la santé mentale et physique : La déconnexion avec la nature (urbanisation, sédentarité) est associée à une augmentation des problèmes de santé mentale (stress, anxiété, dépression), une réduction de l’activité physique et un affaiblissement du système immunitaire. L’éco-anxiété, le stress lié aux catastrophes naturelles et la perte de modes de vie traditionnels peuvent avoir des répercussions significatives sur la santé mentale. La pollution sonore et lumineuse, moins souvent citée, peut aussi avoir des effets négatifs sur la santé (stress, troubles du sommeil, problèmes cardiovasculaires, impact sur la faune). La pollution par les ondes a également un impact sur le monde animal (éoliennes, électromagnétisme, etc).
Les bienfaits de la nature sur la santé
Tout ceci souligne un aspect qui a été longtemps non identifié : la nature nous pourvoit en multiples « services » gratuits, que nous avons toujours considérés comme acquis, et qui sont en train de disparaître du fait de notre comportement.
Elle nous fournit de l’air et de l’eau purs, des aliments, des ressources médicinales (la plupart des médicaments dérivent de composés naturels). La dégradation des écosystèmes réduit ces services essentiels à notre survie et notre bien-être. Elle fournit aussi de multiples services de « rééquilibrage », de retour au « normal » après des moments de stress, que nous considérons comme allant de soi, mais qui n’existent que si nous la laissons fonctionner sans la perturber.
En résumé, en traitant la nature comme une ressource inépuisable à exploiter et un réceptacle illimité de nos déchets, nous perturbons des équilibres fondamentaux qui sont les garants de notre propre santé. Prendre conscience de cette interdépendance est urgent, ainsi que de développer une approche plus respectueuse et intégrée de notre environnement.
Dans un second article, nous verrons les mesures à mettre en œuvre pour préserver notre santé.




