RevueSciences humaines

Blanche-Neige et l’âme humaine                                            

Produit par les studios Disney, le conte de Blanche-Neige réapparaît sur grand écran. Mais est-ce seulement une histoire pour les enfants ou recèle-t-il une dimension symbolique plus profonde ? 

On sait que Walt Disney, qui suivait les préceptes de la théosophie, s’était donné comme grand œuvre de rapporter dans la culture américaine le fond de contes et légendes européens qui gardaient en eux-mêmes quelques traces d’une sagesse ancestrale et populaire.

Blanche-Neige en fait partie. En effet l’analyse du conte révèle des éléments symboliques profonds qui se réfèrent à la thématique universelle de la quête de soi, du dépassement de l’ego et le parcours d’individuation de l’âme humaine vers la compréhension et l’élévation spirituelle.

Un conte de fée ou de méchante reine ?

Commençons par rappeler brièvement l’histoire.
Il était une fois une belle princesse à la peau blanche comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme l’ébène qui vivait dans un château avec sa méchante belle-mère. Cette dernière, jalouse de sa beauté, consulte son miroir magique, qui finit par déclarer Blanche-Neige « la plus belle du royaume ». Furieuse, la reine ordonne à un chasseur de tuer Blanche-Neige, mais celui-ci, pris de pitié, l’épargne et elle se réfugie dans une maison habitée par sept nains (Joyeux, Grincheux, Dormeur, Timide, Prof, Atchoum et Simplet). Les nains accueillent Blanche-Neige avec bonté, mais la reine découvre où elle se cache grâce à son miroir. Elle tente de l’empoisonner à plusieurs reprises, la dernière fois avec une pomme empoisonnée qui plonge Blanche-Neige dans un sommeil semblable à la mort. Les sept nains, profondément attristés, construisent un cercueil en verre afin qu’elle puisse rester visible et préservée. Elle est finalement réveillée par le baiser d’un prince et ils célèbrent leur union par un grand mariage. 

Des acteurs symboliques

Carl Gustav Jung pensait que les contes de fées constituaient un fidèle reflet de nos structures psychiques fondamentales, et exprimaient les processus de l’inconscient collectif constitué de l’ensemble des archétypes.
C’est ainsi que l’on peut voir comment le conte illustre la relation entre l’âme humaine et son ombre, et décrit le chemin pour atteindre la lumière.

Notre héroïne, Blanche-Neige, représente l’âme humaine, sa pureté et son innocence. Elle incarne un état initial de vulnérabilité et d’inexpérience, mais qui recèle un potentiel de croissance et de transformation. Elle est en lutte avec les forces négatives de l’égoïsme et les désirs matériels de notre personnalité extérieure, symbolisées par sa belle-mère. L’opposition entre les deux met donc en scène une thématique universelle, celle du combat intérieur entre la pureté de l’âme et le cœur empoisonné par l’égoïsme. Mais ce conflit a un but : il conduira à l’éveil de la véritable nature de Blanche-Neige.

Entrons un peu plus avant dans le symbolisme des différents acteurs présents dans l’histoire :
Blanche-Neige : Nous l’avons dit, elle est une représentation de l’âme humaine, symbolisant l’innocence de l’enfant intérieur, ainsi que tout le potentiel de croissance vers la conscience et l’harmonie.
La belle-mère : La méchante reine symbolise l’ego, l’avidité et les désirs matérialistes. Sa quête de beauté et de pouvoir illustre la superficialité et la trop grande préoccupation des apparences qui peuvent corrompre l’âme. Elle représente l’ombre, c’est-à-dire les aspects inconscients de la psyché. Son antagonisme avec Blanche-Neige reflète les tensions et les conflits que chacun ressent dans sa quête de soi, et les manigances de l’ego qui cherche à étouffer la voix de l’âme
Le miroir magique : Ce miroir nous parle de l’illusion de l’image. Il reflète non seulement l’apparence extérieure, mais également l’absence de valeur intérieure. La dépendance de la Reine à son reflet souligne le danger de s’attacher aux opinions des autres. Mais dans le fond, le miroir qui désigne Blanche-Neige comme la plus belle, révèle à la Reine ce qu’elle pressentait. Il représente donc la confrontation avec la vérité intérieure,
La pomme : Symbolisant le désir et la tentation, la pomme empoisonnée représente la corruption de l’âme par des passions matérialistes, menant à l’assoupissement de la conscience, mais aussi les épreuves initiatiques nécessaires à la transformation personnelle. En mangeant la pomme, Blanche-Neige traverse une « mort symbolique », une étape cruciale dans le processus d’individuation, avant de renaître à une nouvelle vie.
Le château : C’est une forme de prison de l’âme sous la domination de l’ego. 
Les sept nains : Ils peuvent être interprétés comme les aspects disparates de la personnalité humaine, symbolisant la lutte pour l’harmonie entre ces différentes facettes.

Un parcours initiatique de l’âme

L’enfermement de Blanche-Neige dans le château, et la jalousie de la reine représentent le cadre dans lequel la conscience est enfermée par les tendances négatives de l’ego. Mais ce conflit entre les passions matérielles et l’élévation spirituelle est centrale pour l’éveil de cette conscience. Car le processus de prise de conscience est un voyage, où l’âme (Blanche-Neige) doit passer par des épreuves pour finalement atteindre l’éveil de la conscience.

Le désir de la belle-mère (la conscience matérialiste) de détruire Blanche-Neige reflète la tentative de supprimer la voix de l’âme, mais finalement, l’âme ne meurt pas et revient toujours. De son côté, la reine doit faire face aux conséquences de ses actions, car dans beaucoup de versions du conte, elle finit par être chassée ou déchue, perdant sa position de reine, voire rencontre une fin tragique et violente. Par exemple, dans la version des frères Grimm, elle est condamnée à danser avec des chaussures brûlantes jusqu’à ce que mort s’ensuive, lors du mariage de Blanche-Neige.

Le voyage de Blanche-Neige dans la forêt et son séjour chez les nains représentent une phase de retrait et de maturation, nécessaire pour affronter les défis de la vie. À la fin, le cercueil de verre où elle est endormie représente un état de stagnation ou de transition, en attente de transformation. Le baiser du prince, en la réveillant, agit comme un catalyseur pour cette renaissance qui est le passage de la conscience à un niveau supérieur, celui d’une nouvelle naissance.

Le Prince incarne la conscience élargie et purifiée par la puissance de l’amour et l’idée qu’un secours, souvent inattendu, peut survenir même dans les moments les plus sombres. Il reflète un élément de complétude, qui aide Blanche-Neige à intégrer les différents aspects de sa personnalité dans une unité. Ce baiser symbolise donc la reconnexion avec l’âme et sa réunification, ainsi que l’éveil de la conscience conduisant à l’harmonie et à la réalisation de soi.

Ainsi, le conte de Blanche-Neige illustre de façon simple et imagée que la voie spirituelle nécessite une confrontation avec soi-même, pour atteindre une ouverture à des niveaux de conscience plus élevés. Cette purification de l’âme à travers ces épreuves a pour but de se libérer des tendances matérielles et égotiques de la personnalité pour retrouver l’innocence perdue et atteindre l’individuation. Mais elle ne peut s’obtenir sans la puissance de l’amour qui, seule, assure la victoire finale de l’éveil.

© Nouvelle Acropole
La revue Acropolis est le journal d’information de l’École de Philosophie Nouvelle Acropole France
Isabelle OHMANN, rédactrice en chef de la revue Acropolis

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page