Éducation

Comment choisir un conte

Raconter des contes aux enfants est un moyen essentiel de construire et peupler leur imaginaire. Ils donnent  aux enfants des moyens symboliques de formuler et de gérer ce qu’ils vivent. Mais pour cela, les contes doivent répondre à certaines conditions.

Comment distinguer les contes traditionnels, ceux qui aident vraiment l’enfant à se construire, des histoires lénifiantes ou des contes édulcorés ?

Apprendre à choisir un conte

Le conte est initiatique. Le héros en sort modifié et grandi.
Le conte est initiatique. Le héros en sort modifié et grandi.

Les contes traditionnels sont anonymes. Ils sont le fruit d’une sagesse ancestrale transmise oralement de génération en génération. Ils ne sont marqués par aucune personnalité individuelle.Ils sont initiatiques : le héros en sort modifié et grandi. C’est pourquoi le lecteur et l’auditeur eux aussi en sortent en ayant été ensemencé d’éléments qui vont mûrir en eux et leur permettre de se construire des outils pour répondre aux nécessités de la vie et une meilleure compréhension de ce qu’ils vivent. Aussi ne faut-il pas hésiter à raconter les mêmes contes plusieurs fois et autant de fois que les enfants les réclament.
Ils peuvent être effrayants, voire violents. Mais il ne faut pas les adoucir ou les modifier par peur de choquer les enfants. La vie n’est pas un long fleuve tranquille d’une part et il faut apprendre à se forger  et à se battre. D’autre part, tous les enfants ont en eux peurs, angoisses, violences et agressivité qu’ils doivent apprendre à reconnaître et à gérer. Les entendre formulés sous une forme imagée est très efficace pour cela.

À éviter : les contes qui sont seulement jolis, poétiques ou sans portée. De même, les contes moralisants (bien distinguer le côté initiatique du côté moralisant). Les contes modifiés ou adaptés. Sauf exception, les contes qui ont un auteur. (1)
Attention : beaucoup de contes modernes ne sont pas en réalité faits pour les enfants mais s’adressent plutôt aux adultes. Certains peuvent même être nocifs pour les petits, quand ils sont par exemple parodiques ou ironiques.

En cas de doute : choisir lesContesde Grimm (quelques 200 contes et légendes), recueillis en Allemagne à la fin du XVIIIesiècle par les frères Grimm. (2)
LesContes de Perrault, Contes de ma mère l’Oye, issus de la tradition orale populaire française  du XVIIesiècle, ont été revus par leur auteur pour les adapter aux lecteurs du son  temps. Il faut donc en supprimer la morale et les adaptations liées à l’époque et les raconter dans la langue d’aujourd’hui, celle du XVIIesiècle étant trop archaïque et compliquée pour beaucoup d’enfants. Lorsqu’il existe deux versions du même conte, chez Perrault et Grimm, plutôt préférer celle de Grimm.
Il y en a d’autres bien sûr (3). Avec le temps, on apprend à reconnaître ceux qui sont de vrais contes initiatiques de ceux qui ne sont que des divertissements.

Faut-il expliquer les contes ?

Le conte est initiatique. Le héros en sort modifié et grandi.
Le conte a une vertu initiatique et symbolique

On peut répondre aux questions des enfants sur les contes s’ils en ont mais on n’explique pas un conte. En effet, cela lui enlève sa vertu initiatique et symbolique. L’intérêt du symbole (ici l’histoire et ses différents éléments) est que chacun peut le comprendre en fonction de ses besoins et de son âge. Il ouvre, alors que toute explication rationnelle ou moralisante est réductrice et ferme. Le symbole est une clé qui ouvre la porte d’un pays intérieur que chacun peut explorer comme il veut, quand il veut. Chacun y verra et y découvrira des choses différentes selon ses besoins du moment. Il pourra y revenir et chaque fois découvrir de nouvelles choses ou voir les mêmes autrement, car le symbole est inépuisable alors que le langage rationnel n’a qu’un seul sens. Ce sont deux langages qui n’ont pas le même usage et répondent à des besoins différents.

L’origine des contes

Selon Ananda K. Coomaraswami (4), « les mythes et les contes ne sont pas des traités de morale mais des supports de contemplation. » Leur outil de compréhension n’est pas la raison.
Héritage d’une Sagesse primordiale qu’a recueillie toute l’humanité, « le conte populaire n’est jamais d’origine populaire. Il dérive du mythe… Aucun conteur populaire n’a jamais prétendu inventer quelque chose et les épisodes des contes populaires sont toujours les mêmes dans le monde entier. » Il considère que la dégradation du sujet mythique « est due à ces littérateurs qui, de nos jours, par manque de respect ou de compréhension, composent des contes pour enfants en connaissant seulement le moyen d’être amusant, sentimental ou moraliste. »

(1) Des exceptions existent : par exemple, certains contes d’Andersen (comme Le vilain petit canard)
(2) La traduction de Armel Guerne est à la fois excellente et fidèle
(3) On peut aussi puiser dans les Histoires merveilleuses des 5 continents,tome I et II, recueillies par Philippe Soupault
(4) La doctrine du sacrifice, textes recueillis et traduits par Gérard Leconte, Dervy, 1977.
Ananda Coomaraswami (1877-1947), sri lankais par son père et anglais par sa mère, historien de l’art, se définissait lui-même comme métaphysicien et défendait la thèse d’une Sagesse primordiale, à l’origine de toutes les religions

Par Marie-Françoise TOURET

Quelques conseils pour apprendre à raconter un conte

  • Une fois le conte choisi, en déterminer les différentes étapes et les mémoriser. (Pour éviter les oublis, les omissions et avoir bien présent en tête le déroulement de l’histoire.)
  • Visualiser les différentes étapes.
  • S’exercer à raconter le conte intérieurement en laissant le film se dérouler dans sa tête et en se racontant ce qu’on voit jusqu’à ce qu’on soit satisfait de la formulation. (Parler à voix haute aide à la mémorisation, c’est pourquoi il est préférable de ne le faire qu’une fois satisfait de cette formulation.)
  • Faire la même chose à voix haute une ou plusieurs fois selon besoins.
  • Se lancer et raconter le conte à un ou des enfants.
  • Faire la même chose avec d’autres contes en travaillant chaque fois les points faibles. Cela deviendra de plus en plus facile, rapide et passionnant.

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