
Au XXIe siècle, les guerres ne se déroulent pas seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans le cyberespace et dans nos esprits. La propagande s’en est emparée.
La propagande est probablement un outil de guerre depuis la nuit des temps, mais l’essor de l’internet et des médias sociaux l’a portée à des niveaux inimaginables, permettant aux propagandistes de toutes les couleurs d’atteindre instantanément des millions de personnes par le biais de campagnes de désinformation, de la technologie « deepfake » et de la manipulation algorithmique, pour n’en citer que quelques-unes.
Et la « guerre hybride », qui associe des actions militaires à des campagnes de désinformation coordonnées pour déstabiliser et semer la confusion, n’est certainement pas menée uniquement par les Russes.
Des milliards de dollars investis dans de la propagande numérique
Les gouvernements, les entreprises, les riches particuliers et les groupes idéologiques du monde entier ont adopté des techniques sophistiquées pour servir leurs intérêts stratégiques et leurs programmes géopolitiques. Des milliards de dollars sont dépensés chaque année pour des opérations de propagande numérique destinées à diffuser des récits afin de façonner l’opinion publique. La plupart des États injectent des sommes colossales dans une multitude d’initiatives, d’associations et, officiellement, d’organisations non gouvernementales (ONG) qui fournissent au public des instructions idéologiques.
Et la « gestion des perceptions », processus stratégique visant à influencer la manière dont les individus, les groupes ou le public en général interprètent et réagissent aux informations, aux événements et aux organisations, est largement utilisée dans les affaires, la politique, les relations publiques, les opérations militaires et les campagnes d’influence sociale. Même si nous pensons être à l’abri de toute forme de propagande, l’état du monde prouve le contraire et, comme dans toute guerre, il y a des victimes.
Les victimes de ces guerres de propagande sont, entre autres, l’unité (parce qu’elles polarisent et divisent), la vérité (parce qu’il n’est plus important de savoir si quelque chose est vrai ou non), la liberté de jugement (parce que personne ne sait si l’information est vraie ou non) et la confiance. Sans ces éléments, il n’est pas possible de créer des sociétés stables, cohésives et harmonieuses. Que peut-on faire ? Interdire toute « mauvaise » propagande ?
Sensibilisation ou propagande ?
Le problème philosophique est que tout à deux côtés et que ce qui est vrai et bon pour certains est le contraire pour d’autres. Si une question nous tient à cœur, nous soutiendrons probablement de tout cœur une campagne qui « informe » sur le sujet et ne l’appellerons pas « propagande », mais « publicité » ou « sensibilisation ». Mais si d’autres propagent des opinions et des croyances qui vont totalement à l’encontre de nos valeurs, nous en parlons en utilisant le terme péjoratif de propagande. La plupart d’entre nous s’opposerait à la propagation d’idéologies avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord, mais nous trouvons parfaitement légitime de propager nos propres idées. C’est un peu comme dire : « La plupart des gens détestent la publicité, jusqu’à ce qu’ils perdent leur chat ! »
Le mot propagande vient du verbe latin propagare, qui signifie « répandre, reproduire, disséminer ». En général, presque tout ce que nous faisons ou disons est une forme de « propagande », car nous exprimons nos opinions et voulons les « propager ». Dans la nature, chaque être vivant essaie de propager son espèce et cela exprime peut-être non seulement un instinct universellement partagé, mais aussi un droit à la propagation. Cela ne s’applique pas seulement à notre instinct de reproduction physique, mais aussi à notre « instinct » d’enseigner ce que nous croyons être valable.
Mais si nous interdisons ce que nous n’aimons pas et ne voulons voir promu que ce que nous aimons, nous deviendrons tous des dictateurs ou des producteurs de « monocultures ». Comment résoudre ce dilemme ?
Diviser pour mieux régner
En réfléchissant aux questions de la publicité et de la propagande, le philosophe et fondateur de Nouvelle Acropole, Jorge A. Livraga, est parvenu à la conclusion suivante : « La publicité est éthique lorsque son objectif est éthique ». Et, il a ajouté : « On ne peut pas atteindre des objectifs éthiques avec des moyens qui ne sont pas éthiques ».
Cela nous donne un critère clair : l’approche qui déforme délibérément et sciemment les faits, tente de diviser pour mieux régner, diffuse des mensonges, des « fake news » et la peur, et même la publicité qui tente de nous manipuler pour que nous achetions des choses dont nous n’avons pas vraiment besoin ou que nous consommions des choses qui, à long terme, sont mauvaises pour notre santé. Ce type d’approche est évidemment intrinsèquement immoral. Et la mauvaise nouvelle est que cela s’applique à la grande majorité de la publicité et de la propagande auxquelles nous sommes exposés. Malheureusement, il n’est pas possible d’y mettre fin pour le moment.
Le fossé entre nos moyens extérieurs et notre liberté intérieure d’agir en accord avec les valeurs morales est immense. Mais nous pouvons essayer de ne plus être la proie de ces forces de division, de peur et de manipulation et tenter de reconstruire l’unité, la confiance, l’intégrité, le respect de la vérité et de la justice, la compréhension et le dialogue. Et consciemment, propager des idées et des valeurs qui unissent, font ressortir le meilleur des gens, nous incitent à rechercher le Vrai, le Bien, le Juste et le Beau, et nous aident à développer notre potentiel intérieur.