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La lutte morale

Nous vivons des temps difficiles et devons affronter un monde de catastrophes en tout genre qui nécessitent une grande adaptation et une force intérieure à toute épreuve. Cela implique de rester maître de nous-mêmes et d’exercer notre volonté pour nous vaincre nous-même et l’adversité qui nous entoure.

Le véritable philosophe doit considérer sa lutte comme une bataille morale. Le domaine de la moralité comprend toutes les forces latentes qui tentent d’émerger mais ne peuvent le faire, car elles ont besoin de notre soutien décisif et volontaire. La moralité est la somme de toutes nos vertus, la combinaison de tous nos pouvoirs, actifs et latents ; elle est l’armure et les armes avec lesquelles nous entrons dans la bataille de la vie, et de laquelle nous voulons sortir victorieux.

La moralité est donc l’union de nos potentiels physiques, énergétiques, émotionnels, intellectuels et spirituels dans leurs aspects positifs.
La nôtre est une lutte morale pour la conquête de nos valeurs humaines. L’effort et la lutte qui précèdent toute victoire, qu’elle soit grande ou petite, sont particulièrement évidents sur les plans les plus interne de la personnalité.

La lutte dans les émotions et l’esprit

Il ne fait aucun doute que de nombreux efforts exigent la participation active du corps et de l’énergie. Mais la racine de cet effort physique se trouve toujours dans les choses que nous savons ou que nous voulons ; les forces du vouloir et du savoir sont de puissantes motivations.

Il est clair que les luttes les plus redoutables se déroulent dans les émotions et l’esprit. Les corps subissent une grande douleur lorsqu’ils souffrent, mais elle n’est pas comparable à l’intensité de la douleur dans les corps subtils, pour laquelle il n’existe pas de remède rapide et facile.
Le calme s’exprime par la sérénité, la paix.
De nombreux combattants courageux savent combien il est important de rester calme au milieu de la bataille.

Lorsque le but n’est pas encore atteint, lorsque nous suivons encore des chemins incertains avec de nombreux détours et pièges cachés, il n’est pas conseillé de perdre le contrôle de nous-mêmes ou des circonstances extérieures.
L’élément déstabilisant des émotions sans but, des idées confuses et des actions sans continuité est l’ennemi qui se dresse sur le chemin de la victoire.
C’est dans ces moments-là que nous avons le plus besoin de maîtrise de soi. Il faut savoir modérer les passions, clarifier les idées, mesurer les mouvements du corps, relier les actions. Tout doit avoir un but et, pour que ce but ne soit pas perdu de vue, nous avons besoin de sérénité.

La sérénité n’est pas synonyme d’insensibilité. Elle fait place aux meilleurs sentiments et les apprécie pour autant qu’ils s’expriment dans le cadre de l’éthique et de l’esthétique. Elle nous permet de travailler avec les meilleures idées parce qu’il y a de l’espace, de la lumière et du temps pour les comprendre et les développer.
La sérénité est un état d’âme qui est très proche de la victoire, même si ce n’est pas la grande victoire.
Quant à la paix, elle était honorée sur les anciens autels comme la divinité qui suivait la victoire. La victoire engendre la paix.
Notre paix, pour l’instant, nous l’obtiendrons en maîtrisant nos contraires. La victoire calme, comme toutes les victoires, ne peut éviter les luttes intérieures.

La véritable nature du sacrifice

Nous devons connaître la véritable nature du sacrifice.
Le sacrifice n’est pas une question de douleur, mais de volonté courageusement exercée.
Sans chercher bien loin, il existe une explication bien connue : le sacrifice comme abnégation, comme capacité à mettre ses propres désirs de côté et à se mettre au service des autres. Mais à l’abnégation s’ajoute le concept de sacrifice comme sacrum officium, un devoir sacré, une action ou une offrande sacrée. Les autels, aujourd’hui et en tout temps, sont les lieux où il est possible d’accomplir un travail digne et utile. Le sacrifice en tant qu’offrande sacrée consiste à créer plus d’espace dans l’âme.

Le sacrifice qui mène à la victoire a beaucoup à voir avec la purification : laisser derrière soi les résidus et les déchets qui obstruent la personnalité ; il est impossible d’avancer si nos pieds sont enlisés dans la boue. Elle a beaucoup à voir avec la générosité : posséder pour donner ; seul celui qui possède peut donner et seul celui qui est capable de donner possède. Elle a beaucoup à voir avec le mysticisme : voir ce qui est caché derrière les apparences, percevoir les lois de la nature dans chaque action, comprendre le but qui anime l’univers et tous les êtres vivants.

Telle est la victoire que nous devons remporter. La victoire qui s’élève comme le feu après que les scories ont été brûlées. Le feu qui brûle toujours sur les autels a le bois comme fondation, un combustible qui l’enflamme et une étoile qui l’attire.

Delia STEINBERG GUZMÁN
Ancienne Présidente de l’Organisation Internationale Nouvelle Acropole (O.I.N.A.)

Extrait de son livre Chemin vers la victoire

À lire
Chemin vers la victoire
Délia STEINBERG GUZMAN
Éditions Acropolis, 2022, 80 pages, 12 € 

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La revue Acropolis est le journal d’information de l’École de philosophie Nouvelle Acropole France

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