Société

La philosophie, un antidote pratique au narcissisme

Comme le petit commerce, la culture fut jugée non essentielle pendant le confinement. Mais la culture est essentielle à notre vie.

« Chez l’être humain, le lieu naturel vers lequel nous a conduits notre propre évolution, n’est pas un lieu concret dans le réseau écologique des écosystèmes, mais plutôt celui déterminé par les caractéristiques qui font de nous une espèce unique, qui sont essentiellement des capacités intérieures promues par la culture et l’éducation. Lorsque quelqu’un vit avec le développement total de ses capacités intérieures, telles que la sensibilité, les capacités de communication, le discernement, l’imagination créatrice ou le cadre de prise de décision éthique, pour n’en mentionner que quelques-unes, il a besoin de moins de ressources extérieures pour atteindre un bonheur qui sera plus durable car moins temporel. En d’autres termes, vous vivez une vie plus remplie avec moins d’impact. » (1) La culture active relie l’imagination à l’action et nous sort de la posture du Narcisse moderne.
Le Narcisse moderne a tout le temps besoin du regard des autres, comme de celui des algorithmes et des machines, car il confond tout. « Le téléphone m’a dit cela, m’a expliqué cela », comme si le smartphone était une personne. C’est comme si Narcisse avait besoin du regard des autres, pour tomber encore plus amoureux de lui-même. Il se réjouit de tant de like, (2) de tant de gens connectés ! Le narcissique moderne perd l’initiative de sa vie. Il n’est plus maître de ses décisions. Ce n’est pas qu’il dépérit – il continue à vivre – mais il perd la possibilité de conduire sa vie comme il l’entend.

Pour le professeur Michel Lejoyeux (3), la crise du COVID-19, nous a placés sous le signe de l’émotion, ce qui a provoqué un grand nombre de troubles psychiques dans la population. Et il souligne que les méthodes destinées à préserver son esprit sont devenues nécessaires. Il rappelle les trois facteurs majeurs pour se faire du bien en période de crise, identifiés par les chercheurs du King’s College de Londres.
1. Apprendre à s’amuser pour sortir de l’ennui est un facteur protecteur qui contribue à la résilience, et ici, la
culture joue un rôle prépondérant.
2. Apprendre à sélectionner l’information pour ne pas tomber dans une consommation permanente trop
anxiogène, ce qui réclame une éducation à la pensée.
3. Pratiquer l’altruisme, prendre soin des autres, nous permettent de prendre soin de nous-mêmes.

Les deux premiers points font appel à la culture et à la philosophie et le troisième au volontariat.
Ce triptyque pour bien penser, aimer et agir est celui que propose l’association internationale Nouvelle Acropole depuis sa fondation, dans toutes ses écoles de Philosophie pratique dans le monde. C’est le véritable kit de survie majeur pour faire face et se faire du bien en période de crise.

Suite au passage dévastateur de l’ouragan Eta en novembre dernier, les volontaires des écoles de Nouvelle Acropole au Honduras, ont participé à des activités de secours en situation de catastrophe naturelle. Ils ont sauvé des vies, mais ils ont surtout aidé à reloger des victimes dans nos propres écoles, qui sont devenues des refuges de fortune, notamment à Tegucigalpa et à Comayagua. Ces actions ont mobilisé 115 volontaires qui ont aidé 1350 personnes.
Au Guatemala, suite à des inondations, les volontaires sont intervenus dans la ville de Alta Verapaz, où nous avons également une école. Ils se sont mobilisés dès le premier jour. 54 volontaires ont aidé 4765 personnes et réuni des dons qu’ils ont transmis à 21 communautés.
Actuellement, dans les pays européens où nous sommes implantés, nous sommes en train d’organiser une collecte de fonds pour appuyer leurs actions de reconstruction.
La rapidité de ces secours n’a été possible que parce que nos volontaires sont des individus qui travaillent sur eux-mêmes et n’ont pas hésité à tendre la main aux autres, pas uniquement pour effectuer une action technique mais également pour écouter, animer et aider à s’en sortir ces populations en souffrance.

La solidarité doit rester notre lien fondamental afin d’agir pour la paix et faciliter la compréhension entre les hommes et les cultures. Malgré toutes les difficultés que nous avons rencontrées dans l’année, ces actions de volontariat comme tant d’autres que nous réalisons dans le monde (4), sont notre manière de répondre en philosophes pratiques aux besoins de nos contemporains et de ce monde en pleine mutation.
Cette pandémie nous met au défi de répondre par des actions qui réveillent nos âmes et nous mettent en mouvement pour sortir de l’indolence, du stress et de l’anxiété, en faisant œuvre utile.
Ce sera probablement le meilleur cadeau que nous pourrons faire à nous-mêmes et à nos familles pour célébrer avec humilité et sobriété les fêtes de fin d’année.

(1) Extrait de l’article paru dans la revue espagnole Esfinge et qui paraîtra dans la revue Acropolis de janvier 2021, Stoïcisme et vie naturelle aujourd’hui, par Manuel Ruiz Torres
(2) Nombre de « j’aime » sur les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter, Instagram…
(3) Les Quatre Temps de la renaissance, Le stress post-traumatique n’est pas une fatalité, Pr Michel Lejoyeux, Éditions JC. Lattès, 2020, 192 pages, 19,90 €
(4) Nouvelle Acropole dans le monde https://www.nouvelle-acropole.fr/centres/les-centres-dans-le-monde
par Fernand SCHWARZ
Président de la Fédération Des Nouvelle Acropole

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page