PhilosophieRevue

Le sens caché de la vie. Second article : Le sens de la vie et de la mort

Dans un premier article, Jorge Angel Livraga a tenté de définir la vie et le vivant. Dans ce second article, il s’attache à démontrer que l’existence a un sens, dans la vie et la mort.

J’invite toujours à observer le feu et l’eau : si nous versons un peu d’eau n’importe où, cette eau commencera à couler, ou bien à se déplacer, à avancer ; elle possède une sagesse, elle cherche quelque chose, elle va quelque part, et elle avance, elle avance sans s’arrêter ; et lorsqu’elle ne peut pas avancer en ligne droite, elle dévie, serpente, contourne les pierres et les montagnes jusqu’à atteindre inexorablement la mer. Et que se passe-t-il lorsqu’elle arrive à la mer ? La chaleur évapore l’eau et des nuages se forment ; ces nuages flottent dans l’air jusqu’à ce que, à un certain moment, ils tombent sous forme de pluie. Et c’est à nouveau de l’eau, et lorsqu’elle tombe sur le sol, elle cherche à nouveau à rejoindre la mer. Et si l’eau a cette sagesse de pouvoir vivre, chercher, trouver, se sublimer, revenir pour vivre d’autres expériences et achever ce cycle, pourquoi ne devrions-nous pas répondre à la même loi de la vie ? Comme notre corps lui-même est en grande partie composé d’eau, pourquoi ne chercherait-il pas lui aussi le même but, et pourquoi notre âme n’irait-elle pas, comme le dit Plotin, vers l’Âme du Monde, vers un plan, dans une vibration où elle serait plus à l’aise qu’ici-bas ?

Le sens de la vie et de la mort

Ce processus d’incarnation et de désincarnation, de naissance et de mort, n’est-il pas semblable ? Lorsque nous naissons, une sorte de nuage condense nos âmes en gouttelettes ; chacun de nous est une goutte, et ces gouttes se réunissent, se déplacent, et tous ensemble nous formons une société, nous nous unissons, nous formons des groupes, jusqu’à ce que vienne le moment où nous débouchons dans cette mer où « en apparence » nous nous dissolvons. Et peut-être existe-t-il une Force cosmique qui nous élève à nouveau, qui nous transforme une fois encore en ces esprits qui descendent sur la Terre.

Ce que j’expose est une possibilité logique, même si dans l’Antiquité, cela était considéré comme une vérité irréfutable. Une très ancienne hypothèse affirme que tout cela a une raison, car sinon, ne pensez-vous pas que la vie serait d’une insoutenable cruauté ? Nous serions plongés dans la folie la plus totale. Imaginez : nous sommes placés sur la scène du monde, en Espagne, en Tanzanie ou là où nous sommes nés ; nous apparaissons, nous sommes de petits enfants, on nous dit : voici maman, papa, oncle, grand-mère ; on nous emmène à l’école, nous étudions, nous vivons, nous aimons, nous haïssons, nous avons des problèmes et lorsque nous apprenons à vivre, la même main qui nous a amenés commence à nous retirer de la vie. Lorsque nous avons acquis plus d’expérience, lorsque nous pourrions vraiment gérer les choses, alors on nous emmène et nous disparaissons.
Si tout cela n’avait pas de sens, s’il n’y avait pas de continuité, ce monde serait fou.

Une intelligence omniprésente

Observons une plante, la plus normale, n’importe quelle plante que vous pourriez avoir chez vous, et vous verrez l’immense intelligence avec laquelle elle a été conçue. Aujourd’hui, on parle de panneaux photovoltaïques pour capter la lumière du soleil, certes, mais depuis la période pré-carbonifère, il existait déjà des panneaux solaires thermiques : c’étaient les feuilles des plantes. Ces feuilles ont capté la lumière du soleil pour la photosynthèse ; de plus, grâce au système de capillarité (découvert par les physiciens il y a quelques siècles), les plantes peuvent transporter leurs sucs vitaux des racines aux feuilles, les renouveler, puis les renvoyer vers les racines. En d’autres termes, tout est incroyablement, magnifiquement pensé.

Arrêtons-nous maintenant sur un animal, par exemple une panthère ou un tigre. Pourquoi le tigre a-t-il des rayures, pourquoi la panthère du Brésil a-t-elle des taches ? Le tigre a des rayures parce qu’il vit parmi les bambous et ces rayures lui offrent un camouflage qui le rend pratiquement invisible. La panthère du Brésil a des taches parce qu’elle vit dans une forêt tropicale humide riche en fleurs et en feuilles de différentes couleurs sombres et dorées qui l’aident à se fondre dans ce paysage.
Tout cela signifie qu’il existe d’autres intelligences que la nôtre qui pensent, ou ont pensé, les archétypes qui régissent les plantes et les animaux. Et qu’en est-il des minéraux, par exemple ? Avez-vous déjà observé les roches, les pierres, les cristaux, avez-vous constaté à quel point ils sont parfaitement conçus, peut-être mieux encore que la Grande Pyramide ? Comment la Nature, à partir d’une seule substance, le carbone, a-t-elle pu créer à la fois le graphite opaque et le diamant transparent ?
Cela démontre qu’une pensée traverse toute la Nature et nous gouverne, que tout est parfaitement pensé.

Celui ou Ce qui a conçu les curieux mécanismes de traction permettant aux amibes de se déplacer, qui donne aux oiseaux des os creux pour les rendre plus légers et capables de voler, qui a conçu les écailles des poissons pour qu’ils puissent pénétrer plus facilement dans l’eau, qui les a dotés d’une vessie natatoire pour monter et descendre comme les sous-marins modernes ; celui qui a pensé tout cela, pourquoi n’aurait-il pas pensé non seulement notre constitution physique, mais aussi notre constitution psychologique et mentale et, en fin de compte, notre raison d’être ?

Pourquoi croire que cette Intelligence Cosmique s’est préoccupée des plantes, des animaux, des minéraux et ne s’est pas préoccupée des hommes, alors que nous sommes aussi des êtres vivants ?
La vie existe et elle est pensée par Quelqu’un, par Quelque chose, elle est parfaitement calculée. Pourquoi ? Quel est le but d’une pensée si intense et profonde qui confère à toute chose cette merveilleuse harmonie ? Cela doit avoir une raison d’être.

Personne ne construit un pont si personne ne l’emprunte. Personne ne construit un bateau si personne ne navigue à son bord. Personne ne fabrique une chaise si personne ne s’y assoit. Il est évident que notre construction organique et celle de la Nature, sont faites pour quelque chose, pour être utilisées par quelque chose qui survivra à l’objet lui-même, quelque chose qui sera capable de s’en servir. Et nous, les philosophes, « celui » qui les utilisera, nous l’appelons l’Âme, l’Esprit qui traverse les choses.

La mort n’existe pas

Il est évident que, plongés comme nous le sommes dans cette prison de chair, dans nos problèmes économiques, familiaux, vitaux, il est parfois très difficile de réfléchir à ces questions. Je me souviens d’un passage du livre d’Ovide, L’art d’aimer, qui m’a beaucoup impressionné la première fois que je l’ai lu. Ovide était, comme vous le savez, l’un des grands poètes de l’époque de l’empereur Auguste et, disons qu’il aimait sortir avec des femmes le soir, boire, se coucher très tard (ou plutôt très tôt, quand le soleil était déjà levé) … Mais, bien sûr, en plus d’être ainsi, c’était Ovide.

Il nous raconte, entre autres choses, ce qui lui est arrivé avec l’une de ses amantes pour laquelle il a inventé un nom (à cette époque, c’était un honneur de ne pas mentionner le nom des dames, mais de l’inventer ; une bonne coutume). Il l’a appelée Corina ; nous ne savons pas qui elle était.
Ovide raconte qu’il arriva un jour au palais de Corina, une dame de la haute société romaine qui possédait de précieux trésors, parmi lesquels un perroquet venu peut-être des Indes, et qui savait parler. Le perroquet répétait tout ce qu’elle lui disait, répondait à ses paroles, lui parlait, c’était une compagnie agréable. Ovide arrive et voit Corina pleurer en serrant contre elle le perroquet apparemment mort. Le perroquet gît dans ses mains et Corina pleure. Ovide lui demande : « Corina, pourquoi pleures-tu ? ». Elle répond : « Te souviens-tu de ce perroquet qui nous parlait, qui répétait nos mots d’amour, nos chansons, qui était un merveilleux joyau, vert comme une émeraude ? Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un tas de plumes, rien de plus. Où est le perroquet ? Que se passe-t-il ? Pourquoi les choses finissent-elles ? ». Ovide tente de la consoler, de lui faire découvrir des choses que Corina ignore, et lui dit : « Tu dois savoir, Corina, qu’il existe un ciel où vivent les hommes et qu’il existe aussi un ciel pour les animaux. Un étroit passage sépare le ciel des hommes de celui des animaux ; c’est là que vivent les animaux supérieurs, ceux qui peuvent même parler à l’homme et répéter ses paroles. Là, ils consolent les autres animaux en leur rappelant la voix de leurs maîtres ; puis, ils reviennent sur Terre pour accompagner les hommes ». Corina pleure et dit : « Non, ne me dis pas ça ; il n’y a ici qu’un tas de plumes vertes, mon perroquet n’est plus là, il n’est plus en vie ». Et alors, le perroquet, dans un dernier effort avant de mourir, lève sa petite tête, regarde Corina et lui dit : « Corina, Corina, la mort n’existe pas ».

Il est beau de découvrir ces exemples anciens. Il est beau de penser que parfois les animaux, les plantes et les arbres meurent en paix, car ils ont une connaissance que nous avons perdue en ayant trop intellectualisé la vie.

Nous avons perdu la connaissance de notre propre éternité, nous avons perdu la connaissance de notre vie intérieure, nous avons perdu la connaissance de notre âme immortelle.

Aujourd’hui, nous devons retrouver cette connaissance, car au fond, malgré tous nos progrès technologiques, il nous arrive d’être tristes ; et même si nous vivons dans des mégalopoles, entourés de gens, si nous pouvons discuter et lire les journaux, regarder la télévision ou écouter la radio, il nous arrive de nous sentir très seuls, terriblement seuls. Parfois, nous aimerions que quelqu’un nous dise quelque chose, comme ce perroquet, que la mort n’existe pas, que cette vie a un sens, qu’elle a une direction ; et il est évident qu’elle en a une.

Si vous voyez une flèche dans les airs, ne penseriez-vous pas qu’elle est partie d’un arc et qu’elle se dirige vers une cible ? Ce que nous voyons dans la vie est une flèche dans les airs, et cette flèche a été tirée par un Archer Divin. Un jour, avec un son inconcevable, nous avons été lancés à travers le temps et l’espace, mais nous allons vers une cible, nous allons arriver quelque part.

Toute notre vie a un sens, nos joies ont un sens car elles nous réconfortent pour continuer à vivre, et nos peines et nos larmes ont aussi un sens car elles nous permettent d’acquérir des expériences, elles nous rendent un peu plus sages, peut-être même un peu meilleurs.
Ceux qui ont partagé des rires savent combien cela est bon pour l’enthousiasme, et ceux qui ont partagé des larmes savent combien cela est bon pour l’union des âmes.
Car dans cette vie et dans cette Nature, rien n’est vraiment mauvais, tout est bon au sein de son sens caché.

Extrait d’une conférence donnée par Jorge Angel Livraga en octobre 1987
Traduit de l’espagnol par Denis Abeille du site : https://biblioteca.acropolis.org
Crédit image : Adobe.stock.com N°1770369506
Jorge Angel LIVRAGA
Fondateur de l’Organisation Internationale Nouvelle Acropole (O.I.N.A.)
© Nouvelle Acropole
La revue Acropolis est le journal d’information de l’École de Philosophie Nouvelle Acropole France

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page