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PRATIQUES PHILOSOPHIQUES LES EXERCICES SPIRITUELS PHILOSOPHIQUES                                                          

 #8 Savoir se taire 

« Si la nature a donné à chacun de nous deux oreilles et une seule langue, c’est parce que notre devoir est de moins parler qu’écouter. »

Plutarque

Savons-nous vraiment nous taire et faire silence ? Rien n’est moins sûr car, reconnaissons-le, le plus souvent nous sommes habités par le brouhaha à l’intérieur de nous-mêmes. À tel point que nous n’entendons pas toujours les paroles qu’on nous adresse.

Nous vivons dans une société qui croule sous l’overdose des paroles, des écrits et expressions personnelles, rendues illimités par les réseaux sociaux. À tout instant nous sommes sollicités pour donner notre avis et exprimer nos opinions. La parole est parfois devenue une « diarrhée verbale » : je parle donc je suis, tel est le nouveau mantra (1).
L’excès de bavardage n’est pas seulement à l’extérieur de nous, mais aussi à l’intérieur. Notre radio intérieure n’arrête pas d’émettre ses impressions, ses critiques ou ses commentaires, en continu.

Dans un petit ouvrage qui a traversé les siècles, l’abbé Dinouart écrivait en 1771 : « Le premier degré de la sagesse est de savoir se taire ; le second, de savoir parler peu, et de se modérer dans le discours ; le troisième est de savoir beaucoup parler, sans parler mal et sans trop parler. » Et il ajoutait : « On ne doit cesser de se taire que quand on a quelque chose à dire qui vaut mieux que le silence » (2).

Savoir se taire

Pour les philosophes, savoir se taire est bien plus qu’une attitude de politesse, c’est un exercice spirituel indispensable au préalable de l’écoute et de l’apprentissage. Se taire c’est créer un vide en soi qui offre une disponibilité d’accueil. 
Plutarque nous dit « qu’il vaut mieux de l’esprit des jeunes gens faire sortir la jactance et l’orgueil que l’air des outres… sinon, plein de vent et trop gonflé, cet esprit ne reçoit rien » (2).
Il nous rappelle ainsi la parabole du maître zen qui ne pouvait enseigner à son disciple car sa tête était aussi pleine qu’une tasse de thé qui déborde et ne peut pas recueillir une seule goutte. Il faut donc se vider.

La posture du silence

Faire silence c’est faire taire toutes les voix intérieures et les mouvements de l’âme qui nous agitent. C’est le premier pas pour retrouver le contact avec soi-même, mais aussi avec l’autre et son environnement. 
En faisant silence en nous-même nous nous rendons capable d’accueillir pleinement la pensée et la réflexion de l’autre. 
Ainsi, par cette attention portée à la parole d’autrui, en restant maître de nous-mêmes, nous pourrons, nous dit Plutarque, recueillir et garder les discours utiles mais aussi mieux discerner les discours inutiles ou faux.

Pratiquons donc autant que possible l’exercice de faire taire nos pensées. Entraînons-nous régulièrement à rester en silence pour accueillir, par une écoute attentive, les sons qui nous entourent, qu’ils soient agréables, dans une promenade dans la nature par exemple, ou désagréables, peu importe. Avec le silence cultivons cette disponibilité intérieure.

À lire
Philipe Bilger, La parole rien qu’elle, Éditions du Cerf, 201, 160 pages 
Plutarque, Œuvres morales, comment écouter, Traités 1 et 2, Éditions Les Belles Lettres, 1987
 https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/commentecouter.htm
Abbé Dinouard, L’art de se taire, Éditions Jérôme Million, 1986, 96 pages
Isabelle OHMANN, rédactrice en chef de la revue Acropolis

© Nouvelle Acropole

La revue Acropolis est le journal d’information de Nouvelle Acropole

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