
De nos jours, la santé ne peut se résumer à un état physiologique optimal du corps. Elle est aussi une vitalité qui s’exprime au niveau psychique et de l’esprit. C’est pourquoi dans la quête d’une réponse plus globale aux pathologies modernes, les formations en méditations de pleine conscience sont nombreuses. Mais que dit la science ?
En 2017, le collège des médecines intégrative est fondé. La médecine intégrative est présentée comme une réunion de la médecine conventionnelle et de médecines complémentaires (les thérapies non médicamenteuses par exemple) validées par la science.
En France, quatre personnes sur dix ont recours aux médecines non conventionnelles (1). Parmi ces médecines complémentaires, il faut noter le protocole MBSR (mindfulness based stress reduced ou réduction du stress par la pleine conscience), crée par Jon Kabat Zinn en 1979. Il s’agit d’un protocole pour diminuer le stress chez des individus souffrant de douleurs chroniques. Zinn et son équipe ont pu développer une application occidentale et laïque de la pratique de la méditation de pleine conscience, inspirée des sources orientales.
Rencontre inattendue entre pleine conscience et maladie
La maladie amène des questions existentielles, de l’anxiété, parfois des troubles du sommeil importants, ajoutés aux symptômes physiques liés tant à la maladie qu’au traitement lourd. En 2021 plus de quatre millions de Français étaient sous antidépresseurs ou anxiolytiques (2).
C’est ici que trouve justement sa place la pratique de la « méditation pleine conscience ». Les études scientifiques sur la MBSR sont nombreuses et cette méthode a montré son efficacité scientifique dans trois indications : les troubles de l’humeur, les troubles anxieux et l’accompagnement des patients ayant des maladies chroniques (dont les cancers). Ses bénéfices sur l’amélioration de la qualité de vie et la diminution des troubles anxio-depressifs ont pu être établis (3 et 4).
La réduction du stress, basé sur la pleine conscience est un protocole validé et reproductible. Il a été étudié chez des patients atteints de pathologies organiques lourdes, mais répond à des pathologies plus vastes. Par exemple le psychiatre Christophe André propose cette pratique à ses patients.
La méditation un entraînement de l’esprit
Le mot « méditation » vient du latin meditatio ou meditari qui signifie « se préparer à un discours ou à écrire, une réflexion profonde ». Le mot meditari vient du mot mederi qui veut dire « donner soin à ». Le mot meditatiun en ancien français veut dire « contemplation ».
Pour les Orientaux, notamment dans le bouddhisme ou dans l’hindouisme, la méditation est l’acte d’être pleinement présent, ou pleinement concentré sur un objet, ou sur une pensée, sur la respiration ou une sensation. Hic et Nunc, « ici et maintenant », telle est la voie de pleine conscience.
En Orient, cette pratique a pour vocation la libération de la souffrance. Selon les bouddhistes, la méditation permet de se désidentifier ou au moins d’être moins influencé par nos pensées et nos émotions. En Occident on peut l’associer à la réflexion profonde qui amène à la prise de conscience ou à un état dit « mystique ».
Il est important de souligner que la méditation n’est pas réservée à une religion ou à une spiritualité en particulier. C’est une pratique profondément laïque qui appartient à l’humanité. Elle a été utilisée de tous temps dans le but de se connaître soi-même, d’observer ses sensations et ses pensées. Elle questionne notre identité. Sommes-nous uniquement nos pensées ? Sommes-nous uniquement nos émotions et nos sensations ? Sommes-nous autre chose ?
C’est donc avant tout un entraînement de l’esprit pour se détacher de nos pensées, ce qui en fait un excellent atout thérapeutique. En effet, nous savons que l’anxiété vient d’une rumination excessive, d’une émotion désagréable ou d’une peur fortement ressentie par la personne. Une étude a montré que trop penser (quel que soit le type de pensée) est associé à être moins heureux (5).
La pleine conscience un outil thérapeutique
Qu’est-ce que la pleine conscience ? Selon Zinn, elle est « la conscience qui émerge lorsque nous portons une attention volontaire au présent, sans jugement, instant après instant ». La conscience peut se définir par la connaissance ou l’observation de ce qui se passe dans la psyché et le corps de l’être humain et de l’environnement de ce dernier. Elle est le regard que l’on pose sur nous-mêmes et sur ce qui nous entoure. C’est une mise à distance, la création d’un espace intérieur.
L’« attention volontaire » n’est-elle pas le contraire de ce que propose la société du scrolling (6), où notre attention est accaparée d’une manière incessante qui n’apporte aucune satisfaction ?
La méditation pleine conscience n’a pas pour objectif de guérir, mais plutôt de soigner. La subtilité est que guérir une maladie peut se traduire par réparer-éliminer la maladie. Soigner grâce à la pleine conscience veut dire « vivre pleinement avec sa maladie », le soin étant un processus continu.
S’appuyer sur la force de l’esprit
Les patients qui entament la pratique de MBSR, décident de s’appuyer sur eux- mêmes. Bien sûr, la médicamentation est parfois nécessaire, pour améliorer et contrôler l’anxiété et les troubles de l’humeur, et la nécessité de consulter son médecin est capital pour le suivi.
Mais la méditation de pleine conscience est un choix engagé, pour ne pas dépendre uniquement de la thérapie médicamenteuse. Ce protocole semble utile pour compléter la prise en charge du patient tout en ralentissant l’augmentation du dosage des psychotropes.
Vivre la vie de manière profonde
Au-delà de la maladie, la pratique MBSR s’adresse à ceux qui cherchent à vivre la vie de manière profonde, à cheminer, à éveiller la conscience qui peut se situer au-delà des réactions, des pensées, des habitudes et de ce que l’on ressent. Elle invite au silence en soi. C’est une pratique pour soi et surtout, une pratique qui nous permet d’être plus présent et attentif à l’autre.
À cet égard on a pu observer que les premiers à être bouleversés par ce protocole sont les soignants qui la pratiquent, car ils observent un changement concret dans la manière d’entrer en relation avec celui qui souffre.
De leur côté certains malades qui pratiquent cette méthode témoignent que leur maladie peut devenir une opportunité. La méditation pleine conscience leur offre une forme de liberté : transformer une entrave en tremplin pour cheminer dans la vie de manière plus authentique.
(1) Santé – MIVILUDES . 2019 Disponible sur :
https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/quest-ce-quune-d%C3%A9rive-sectaire/o%C3%B9-la-d%C3%A9celer/sant%C3%A9
(2) Statista : nombre de personnes ayant une prescription de médicaments psychotropes en France https://fr.statista.com/statistiques/1414322/nombre-personnes-prescription-medicaments-psychotropes-france/
(3) Mary F., Effet d’un programme d’entraînement physique personnalisé, associé à un programme d’entraînement mental par la Pleine Conscience (MBSR), sur les capacités physiques et la qualité de vie de patientes après chimiothérapie pour un cancer du sein : Étude strasbourgeoise contrôlée randomisée : résultats préliminaires Thèse de médecine, Université de Strasbourg, 2019
(4) Kabat-Zinn J., Some reflections on the origins of MBSR, skillful means, and the trouble with maps. Contemp Buddhism. 2011, 12(1), 281‑306.
(5) Étude sur 5000 personnes de Killingsworth MA, Gilbert DT, A wandering mind is an unhappy mind science, 2010, 330(6006), 932‑932
(6) Défilement sur téléphone mobile
Les 7 attitudes de la pratique de la MBSR
Jon Kabat-Zinn décrit 7 attitudes qui accompagnent la MBSR :
. Le non-jugement, à travers l’ouverture d’esprit, la curiosité et l’acceptation.
. La patience, afin d’accepter que les choses se déroulent à leur propre rythme.
. « L’esprit du débutant », qui consiste à avoir un regard neuf, pour s’ouvrir à toutes les possibilités et oublier la routine de son propre savoir.
. La confiance.
. Aucune attente.
. L’acceptation des choses telles qu’elles sont au moment présent.
. Le lâcher-prise.
Les formateurs de MBSR invitent souvent à avant tout pratiquer chaque jour, quelle que soit la durée. La régularité de la pratique est ce qui permet réellement d’améliorer la qualité de vie chez les patients.




