Comment et où se connaître soi-même ? Deuxième article : Une révolution intérieure pour un monde plus vivable

Dans un premier article, Jorge Angel Livraga a tenté de définir les différents plans de l’être humain, premier aspect de la connaissance de soi. Dans ce second article, il s’attache au changement intérieur de l’être humain, ce qui lui permettra de redécouvrir le lien à soi-même et aux autres, pour vivre dans un monde qui serait plus vivable.
Nous sommes confrontés au problème de nous connaître nous-mêmes. On ne pourra pas se connaître à partir d’une photographie. On ne connaîtra pas non plus quelqu’un lorsqu’on nous le présentera, par exemple, et qu’on lui serrera la main en disant : « Ah, enchanté, ravi de vous rencontrer ! ».
Connaître le fonctionnement des différentes parties de soi-même
Nous pouvons donc connaître notre partie physique à travers nos proportions, notre silhouette, notre visage, notre corps, etc. Cependant, nous devons également essayer de nous connaître sur d’autres plans ; et c’est pourquoi nous nous sommes inspirés des courants de l’Inde et de l’Égypte.
Connaître notre monde vital, connaître notre partie vitale ; le pourquoi et le comment de nos cycles vitaux, ce qui se passe en nous dans la partie vitale, comment, pourquoi et vers où court la vie.
Nous devons également nous examiner et voir quelle partie de nous-mêmes est émue, pourquoi et dans quelle mesure. C’est en la connaissant que nous pourrons la maîtriser et l’utiliser à bon escient, car nous commettons parfois des injustices en nous laissant emporter par nos émotions, par nos colères ou par un mot irréfléchi que nous avons souvent regretté ; ou combien de fois avons-nous été trompés ou déçus simplement parce que quelqu’un a manipulé cette dimension de nous-même que nous avons du mal à maîtriser parfois et que nous subissons.
Notre partie émotionnelle serait comparable, par exemple, à un vendeur qui parle sans cesse et nous donne envie d’acheter une brosse, ou peut-être une encyclopédie en seize volumes que nous ne pensions jamais acheter, mais qui nous fait ressentir le besoin presque physiologique de la posséder, nous donnant l’impression que si nous n’avons pas cette encyclopédie, nous sommes comme de petits animaux ou quelque chose de ce genre ; voilà ce qu’est notre dimension émotionnelle, et nous pouvons l’explorer également.
De plus, pour connaître notre partie mentale concrète, nous devons nous rendre compte si nous sommes nous-mêmes, dans notre intégrité, dans notre profondeur, ou si nous ne sommes qu’une petite partie de nous-mêmes lorsque nous commençons à spéculer, à penser et à voir comment une chose peut être et comment elle peut être autrement.
Voir aussi quelles possibilités nous avons d’être éclairés, que ce soit par Dieu ou par la Nature, si nous pouvons développer une sorte d’intuition, une manière de pénétrer les mystères de la vie, le pourquoi et le comment. Ne pas nous contenter d’être simplement informés par les derniers livres ou par le journal à la mode. Et enfin atteindre la partie intérieure de notre âme.
Établir le lien avec notre être profond
Nous devons donc nous tourner vers notre intériorité, explorer notre être profond. Nous devons comprendre que nous avons des rêves, que nous avons des illusions, des espoirs déçus, et que tout cela exerce une force en nous, tout cela modifie notre vie, quel que soit notre âge, notre identité ou notre richesse. Il existe une série d’éléments impondérables qui ne sont pas strictement physiques et qui modifient complètement notre vie, notre façon d’être, notre relation avec les autres.
C’est précisément de là qu’est né ce mouvement philosophique : Nouvelle Acropole, c’est-à-dire nouvelle cité haute, haute non pas au sens de New York, avec ses gratte-ciels, mais une cité haute, un lieu élevé, dépollué, où il est possible de vivre. Non seulement dépollué physiquement – car sinon, les oiseaux de l’Amazonie, par exemple, seraient déjà au Nirvana, pour le dire en sanskrit –, ni dépollué par un type d’alimentation, mais dépollué par une position intérieure et intégrale.
Une révolution intérieure
Nous sommes face à un monde critique et difficile. Il y a une crise partout dans le monde, que nous voyions dans le domaine politique, économique, etc. Dans de nombreux pays du globe, on a essayé de résoudre ces crises de différentes manières en ces temps de stress. nous savons que les problèmes ne sont pas résolus, qu’il y a de plus en plus de délinquance, de plus en plus de famine, de plus en plus de personnes sans emploi ou complètement mal employées par rapport à ce qu’elles pourraient faire. Aucun des systèmes que nous connaissons ne parvient, dans la pratique, à mettre en place ce qui, en théorie ou sur le papier, semblait pouvoir apporter des solutions.
Il est donc évident que nous avons besoin d’une révolution intérieure, une ré-évolution, c’est-à-dire un retour à ce que nous sommes, un grand nettoyage de notre intérieur, une grande rencontre avec nous-mêmes. Nous devons être, ne serait-ce qu’une pierre, ne serait-ce que du sable de cette cité haute. Nous devons construire cette cité idéale, nous devons unir non seulement nos volontés, mais aussi nos rêves et, d’une certaine manière, nos cœurs. Comme le disaient les philosophes de Rome : « Voici la Concorde ! ». Concorde signifie « cœur à cœur », tout comme les mains droite et gauche s’entrelacent, soit pour parler, soit pour saisir quelque chose, créant ainsi une harmonie par opposition.
Vivre en harmonie avec les autres et s’épanouir
Nous pouvons nous gérer en apprenant à nous connaître et à nous maîtriser, afin d’atteindre une concordance, une coexistence, et l’unité entre les êtres humains. Nous parlons tous de coexistence de paix et d’amour, nous parlons tous des droits de l’homme… mais il y a de plus en plus de personnes qui souffrent de la faim dans le monde, de plus en plus d’illettrés ou de gens condamnés à regarder de la pornographie, de plus en plus de jeunes diplômés qui se retrouvent sans emploi et de plus en plus de retraités qui perçoivent une pension de misère.
Face à ces réalités concrètes, à quoi nous servent les abstractions, à quoi nous servent les mots, à quoi nous servent les déclarations ?
Ce dont nous avons besoin, c’est de quelque chose de concret, concret comme notre besoin d’existence et de vie en harmonie avec les autres, de paix, de chaleur, de beauté, dont tout homme et toute femme ont besoin ; pas seulement d’avoir un costume, des vêtements, de la nourriture ou peut-être une voiture. Non !
Il y a quelque chose de plus important, nous avons tous besoin d’avoir, ne serait-ce qu’une once de dignité, une once de gloire, et le monde et la crise actuels nous privent de ce petit quelque chose, de cette once de gloire et de dignité.
Il importe peu, parfois, de ne pas être bien habillé, il importe peu, parfois, de ne pas manger comme des princes, mais il est important d’être satisfait de soi-même. Il est important d’avoir ce petit morceau de gloire, cette once de satisfaction intérieure, car c’est la seule chose qui nous permet d’appréhender pleinement ce que nous mangeons, ce que nous pensons et ce que nous ressentons.
Il est vraiment urgent d’apprendre à se connaître, et la possibilité de cette connaissance de soi ouvre naturellement la porte à une vie en harmonie avec d’autres êtres humains qui, eux aussi, se connaissent.
Nous revendiquons ce droit, tout comme les plantes en temps de sécheresse réclament de manière naturelle et directe l’eau qui leur redonnera vie, tout comme les oiseaux appellent le soleil le matin par leurs chants. Aujourd’hui nous revendiquons, de plein droit, cette vie différente, ce monde différent, ce monde où tout n’est pas limité au matériel, où les rêves, l’esprit et cette petite part de gloire à laquelle nous aspirons, ont aussi leur place. Nous demandons une autre façon de vivre ensemble, une autre façon de nous traiter les uns les autres, une autre forme de courtoisie, un autre type d’être humain, et un monde non seulement nouveau, mais meilleur. Un monde différent de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui, un monde où les dames et les chevaliers peuvent se trouver eux-mêmes, peuvent rencontrer les autres et projeter dans ce courant de vie l’être humain nouveau, celui qui viendra un jour ; car nous ne devons pas perdre espoir, nous ne devons pas penser que l’Humanité restera toujours ainsi.
L’Humanité progresse, bien sûr, mais le problème est que tant qu’il y a une aliénation mécanique, les machines progressent beaucoup plus que l’homme, c’est évident. Par exemple, il n’y a pas tant de différence entre l’homme qui conduisait un quadrige à Rome à 40 km/h et l’homme qui conduit aujourd’hui une voiture de Formule 1 en fibre de carbone à 320 km/h. La différence réside dans les machines, c’est-à-dire entre le quadrige et la voiture, mais pas dans l’homme ; les êtres humains continuent d’avoir des problèmes, des douleurs, des déceptions, des besoins.
Se reconnecter aux connaissances ancestrales
Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de retrouver ces connaissances ancestrales, de les revivre de manière expérimentale, logique et actuelle, en nous-mêmes, avec des résultats concrets et sincères, sans croire pour autant que nous avons touché le ciel avec nos mains ; ce qu’il nous faut toucher, mes amis, ce n’est pas le ciel avec nos mains, mais le cœur de l’homme, revenir à une coexistence humaine et fondamentale, même si elle peut sembler un peu démodée et identique à celle de nos grands-parents, qui à cette époque, même s’ils vivaient dans de petites villes ou dans les mêmes villages, recevaient l’aide de tous lorsqu’ils en avaient besoin.
Aujourd’hui, nous vivons dans de grandes mégalopoles, dans de grandes villes, mais nous sommes totalement anonymes les uns pour les autres, indifférents au sort de notre voisin, de ceux qui nous entourent ou qui sont loin, car le monde actuel nous a rendus insensibles, insensibles comme ce poteau qui sert à soutenir votre auvent, car il est insensible en lui-même.
Lorsque vous prenez un bol de soupe, la cuillère n’a pas le goût de la soupe, le bol n’a pas le goût de la soupe, il la contient simplement.
Aujourd’hui, nous véhiculons une culture, mais nous n’en percevons pas la saveur, nous ne vivons pas et ne nous alimentons pas de cette culture. C’est pourquoi les éléments matérialistes doivent être remplacés par des éléments naturels qui englobent la matière. Non pas la matière dans sa totalité, mais la matière comme la manifestation de quelque chose de supérieur, de plus spirituel, de plus durable. Quelque chose qui nous permettra de porter dans notre cœur l’« Aphrodite d’or », c’est-à-dire une sorte de jeunesse éternelle, une jeunesse que ni la maladie, ni l’âge, ni les circonstances ne peuvent altérer, une jeunesse et un bonheur éternels. Mais pour y parvenir, nous devons travailler dur, c’est-à-dire en apprenant à nous connaître, en étant capables de nous gérer nous-mêmes et de nous unir à ceux qui partagent ces aspirations.
Nous devons parvenir à façonner ce courant de vie, nous devons commencer à faire tourner la roue du temps, comme s’il s’agissait de la roue d’un moulin qui moudra la farine nouvelle d’où émergera cet homme nouveau dont nous rêvons tous.




