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Être balloté par les huit vents du Karma

Saluant avec mon plus grand respect le deva des devas, dont la lumière fine éclaire l’univers tout entier, les huit vents ne peuvent m’ébranler, car je suis assis bien droit sur la fleur de lotus d’or pourpre. » 

Poème de Su Dongpo, poète bouddhiste de la dynastie des Song

Le mois de mai est traditionnellement le temps de la célébration bouddhiste du Lotus Blanc ou « Wesak » en hommage au moment où le Bouddha atteint l’illumination. Dans ce cadre, nous vous invitons à découvrir un enseignement bouddhiste toujours d’actualité qui traite sur les huit vents du karma ou les huit préoccupations mondaines.  

Ce concept des « huit vents » est décrit dans des œuvres telles que le Traité sur le Sūtra de l’étape de la bouddhéité. On y conseille aux êtres humains de ne pas se laisser ballotter par les quatre vents favorables : attachement à la prospérité, aux honneurs, aux louanges ou au plaisir ou les quatre vents contraires : aversion pour le déclin, la disgrâce, les critiques ou la souffrance.

Les huit vents du karma ou les huit vents favorables ou défavorables

Les huit dharmas mondains ou préoccupations mondaines décrivent les activités que nous développons constamment à la recherche d’une satisfaction à court terme, sans tenir compte des circonstances. Ils correspondent aux huit vents favorables et défavorables :
– Chercher à obtenir ce que l’on veut (prospérité) et éviter d’obtenir ce que l’on ne veut pas (disgrâce) ;
– Désirer (de manière instantanée) le bonheur (plaisir) et ne pas vouloir le malheur (souffrance) ;
– Vouloir la gloire (honneurs) et ne pas vouloir être inconnu (déclin) ;
– Vouloir la louange, et ne pas vouloir le blâme (critiques).
Nous sommes donc constamment ballotés par ces vents et nos actions nous conduisent sans cesse d’un pôle à l’autre, par la peur de la souffrance et la recherche du confort à court terme.
Un autre texte bouddhiste les décrit ainsi : « Les démons sont aussi les mouvements de notre esprit, qui ne doit pas bouger. Trop souvent, il est mû par le profit, les honneurs et on recherche toujours quelque chose. Même si les huit vents soufflent, le clair de lune n’est pas perturbé.

Qu’est-ce que les huit vents ? 

– Le profit. On calcule toujours ce que l’on donne. On fuit si on ne peut obtenir de profit. On désire toujours une rétribution. 
– Les dommages. On a peur de subir des nuisances.
– La peur d’être critiqué par les autres lorsqu’on est absent. 
– Vouloir être admiré. Si on est gratifié, on est content. Si on est critiqué, on se met en colère. L’esprit change sans cesse.
– Les honneurs.
– La peur d’être critiqué en face.
– La douleur, la souffrance.
– La joie, le réconfort.
Durant toute la vie, on est en proie à ces huit vents » (1)

Comment se libérer des huit vents du karma ?

« Les personnes vertueuses méritent ce qualificatif parce qu’elles ne se laissent pas emporter par les huit vents : prospérité, déclin, disgrâce, honneurs, louanges, critiques, souffrance et plaisir. Elles ne sont ni enivrées par la prospérité ni affligées par le déclin. Les divinités célestes protégeront à coup sûr celui qui ne plie pas devant les huit vents. Mais, si vous nourrissez une rancune déraisonnable envers votre seigneur, elles ne vous protégeront pas, malgré toutes vos prières. […] N’adoptez jamais un comportement indigne. Ne vous laissez pas influencer par l’avidité, le désir de gloire ou la haine. » (2)

Une forte détermination et une foi résolue permettent d’en faire autant de tremplins vers l’Éveil et de mener une existence victorieuse. Se libérer des huit vents permet de faire jaillir la richesse intérieure des êtres humains.
À ce sujet, Daisaku Ikeda (3), nous donne une description de ce que peut être le vrai bonheur : « La joie du bonheur temporaire est aussi éphémère qu’un mirage ou un rêve. Une vie passée à la poursuite d’un mirage est elle-même un mirage. L’objectif de la pratique bouddhique est d’établir un état de bonheur éternellement indestructible ; pas un bonheur fugace qui périt comme une fleur, mais un palais éternel de bonheur qui résistera à l’épreuve du temps. Ce palais de diamant, cette tour aux trésors qui s’élève à de magnifiques hauteurs, est construit par la foi. Les fleurs “célestes” de la joie du bonheur temporaire s’épanouissent dans ce palais selon les saisons. 
Dans cet état, nous réalisons le principe “les désirs terrestres mènent à l’illumination”. Plus nous avons de soucis, plus (grâce à notre conviction de pouvoir les résoudre) notre sentiment de satisfaction est grand. Le véritable but des Quatre Nobles États (états d’étude, d’absorption, de bodhisattva et de bouddha) réside dans la construction de ce “cœur de diamant”. Autrement dit, c’est notre “révolution humaine” –  consistant à passer d’une personnalité ballottée par l’environnement à une personne capable d’influencer positivement son entourage – qui nous permet de construire un palais inébranlable à l’intérieur de nous-même. » 
Ce cœur de diamant nous rappelle que nous pouvons transformer toutes les circonstances adverses en force généreuse de don et de compassion au service des autres. 

En comprenant comme dit le Bouddha que tous les êtres cherchent le bonheur et fuient la souffrance, il faut les orienter vers la véritable libération qui est la sagesse et non pas une oscillation éphémère entre les pôles de plaisir – douleur ou de contemplation narcissique de l’ego. 

(1)  Me Zenji Dogen, Le trésor du Zen
(2) Nichiren Daishonin, Lettre à Shijo Kingo
(3) Daisaku Ikeda, La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol. 3, page 283
par Laura WINCKLER
Co-fondatrice de Nouvelle Acropole France
© Nouvelle Acropole
La revue Acropolis est le journal d’information de Nouvelle Acropole

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