Éducation

L’éducation au Bouthan à la lumière du Bonheur National Brut

L’association Nouvelle Acropole d’Inde a rencontré le professeur Thakur S. Powdyel, premier ministre de l’éducation du Bhoutan de 2008 à 2013. Il a expliqué sa vision de l’éducation.

Devenu éducateur par conviction et passion, le professeur Thakur S. Powdyel est respecté pour avoir fait évoluer le Bouthan en matière d’éducation.
Lauréat de nombreux prix internationaux tels que le prix Gusi pour la paix et le prix mondial de l’éducation, il s’est investi dans sa fonction publique en mettant en avant ses qualités d’intégrité, de service et d’altruisme. Il a souvent été décrit comme le ministre de l’éducation qui a le plus voyagé dans le monde.
Thakur S. Powdel a conçu une vision holistique de l’éducation dans My Green School, ouvrage traduit en plusieurs langues, qui est devenu la base de la stratégie de réforme adoptée par le ministère de l’éducation du Bhoutan en 2009. Sa vision se base sur une expérience éducative, qui aborde les multiples dimensions de la vie, au-delà du concept intellectuel. 
Les huit éléments cardinaux d’une « école verte », tels que représentés dans le Sherig Mandala, reconnaissent l’importance des rôles de l’environnement naturel, de la société, de la culture, de l’intellect, des études, de l’esthétique, de la spiritualité et de l’éthique, afin de favoriser l’intégration et l’harmonie des individus et de la société, et de contribuer à la construction d’un monde meilleur.

Acropolis : En tant que philosophes, la découverte de notre potentiel humain est pour nous un attribut essentiel de l’éducation et revêt une valeur indispensable. Que signifie réellement être un être humain ? Qu’est-ce qui nous rend spécial ?

Thakur S. POWDYEL : Nous avons le privilège spécial de naître en tant qu’êtres humains. Au Bhoutan, nous utilisons le terme milu rinpoche, qui signifie « l’être humain précieux ». Les êtres humains, en tant qu’espèce la plus évoluée parmi toutes celles que nous connaissons, possèdent une architecture du corps différente de celles des autres espèces. Mais ce qui ressort davantage, ce sont les autres dons, aptitudes, capacités et dotations de l’espèce humaine. Nous pouvons imaginer… Nous pouvons créer… Nous pouvons nous étonner… Nous pouvons nous émerveiller… Mais en même temps, nous pouvons détruire… Nous pouvons endommager… et produire des ravages. Nous avons la capacité de penser, d’imaginer des valeurs et des idéaux plus élevés. Nous pouvons aspirer à un niveau supérieur d’actualisation. Nous pouvons nous efforcer d’élever notre conscience au niveau du Bouddha, du Christ, du Prophète et d’autres grands êtres humains. Mais en même temps, nous pouvons nous dégrader, dans nos pensées et nos actions, à un niveau très bas.

L’un des aspects les plus importants qui nous distinguent des autres espèces est notre « divinité » – la capacité d’être plus grand, plus sublime, plus éclairé. Nous en avons été témoins dans la marche de l’humanité. De notre espèce sont nés des Avatars et des êtres humains supérieurs comme Mahatma Gandhi, Martin Luther King, Abraham Lincoln, ainsi que de grands scientifiques, écrivains et philosophes. 
Très souvent, nous oublions le caractère sacré, la sainteté, notre nature sublime et nous nous lançons dans des actions motivées par des habitudes de l’esprit qui ne conviennent pas à l’espèce humaine. En tant qu’êtres humains, nous pouvons faire du monde un endroit plus humain, plus pacifique et plus beau. Aucune autre espèce ne possède cette capacité et ce don. Par conséquent, nous devons ce don de la divinité, de l’humanité, de la bonté et de la bonne volonté à nos sociétés, nos institutions, nos nations. Nous devons appliquer l’intelligence de l’esprit humain, le don du cœur humain et la bonté des actions pour l’amélioration de ce monde.
Nous pouvons faire des distinctions éthiques et morales entre le bien et le mal, entre la vérité et la fausseté, entre le bon et le mauvais. Je crois qu’il est important d’honorer, de sécuriser et de célébrer ce potentiel, cette dimension de « divinité » en nous, que nous possédons… que nous sommes.
En tant qu’êtres humains, nous pouvons faire du monde un endroit plus humain, plus pacifique et plus beau. 
C’est ce qu’ont fait les Grecs anciens, les Romains, la grande civilisation de Harappa et de Mohenjo-Daro, et l’ancienne civilisation chinoise. Ces grandes civilisations ont été l’aboutissement de ces grandes idées, idéaux et rêves que les êtres humains ont été capables de voir et de s’élever. Leurs civilisations, leurs cultures, leurs découvertes, leurs inventions, leur art, leur sculpture, leur musique, leur philosophie, leur littérature, leur langue, leur histoire, les humanités, illustrent les capacités et les qualités particulières de l’espèce humaine.

A.  : Pouvez-vous nous expliquer le concept de bonheur national brut, dans le contexte de la véritable signification du progrès et du développement ?

T.S.P. :  Le Bhoutan et son peuple ainsi que le monde devraient être reconnaissants au quatrième roi, Sa Majesté Jigme Singye Wangchuck, pour avoir conçu et proclamé cette vision unique d’un modèle de développement holistique et durable qu’il a appelé Bonheur National Brut (BNB) (1). Il a marqué une rupture importante avec la notion conventionnelle de développement mesurée par le produit intérieur brut (PIB), que Sa Majesté considérait comme une méthode unidimensionnelle, hautement réductionniste et utilitaire. Une telle mesure du développement ne prend en compte qu’un seul facteur – le facteur matériel ou économique – qui est très inadéquat et peu fiable pour donner une idée du développement holistique de la société, car la vie est variée, subtile, belle, multicouche, multidimensionnelle, avec tant de facettes.
Le modèle de Sa Majesté comprend une approche plus holistique et durable, utilisant davantage de variables qui prennent en compte non seulement les besoins matériels mais aussi les besoins les plus profonds de l’être humain qui sont liés au bien-être. Le désir le plus profond des êtres humains, à travers le temps et l’espace, d’un continent à l’autre, d’un hémisphère à l’autre, d’une côte à l’autre, d’un pays à l’autre, est d’atteindre le bonheur.
Par conséquent, nous ne devons pas réduire le champ d’action de la vie aux seuls consommateurs et producteurs économiques de biens matériels. Le développement doit inclure diverses dimensions non matérielles et non économiques qui font que la vie vaut la peine d’être vécue, qu’elle a un sens et qu’elle est épanouissante – ces dimensions doivent être entretenues et développées.

A : Pouvez-vous en dire plus sur les besoins profonds de l’être humain ?

T.S.P. :  En tant qu’êtres sociaux, nous avons la capacité de travailler en équipe, de nous célébrer les uns les autres ; nous pouvons célébrer également nos valeurs sociales, notre sens de l’appartenance et notre sens de l’unicité, notre capacité de travailler en équipe ; de forger des amitiés, de nous faire confiance, d’être honnêtes et sincères les uns envers les autres ; de nous aimer, de faire preuve de solidarité et d’agir en tant que bénévoles ; de célébrer nos moments de joie, et aussi de faire le deuil et d’observer des moments de silence dans les moments de tristesse. Étant donné que le critère limité et étroit du PIB ne peut pas saisir la beauté et la complexité de l’ensemble de notre développement, nous pensons que le BNB fournira un paradigme de développement plus holistique. Il existe quatre facteurs appelés « piliers » qui soutiennent l’architecture du BNB. 

A. : Quels sont ces quatre piliers ?

T.S.P. :  Le premier pilier est la facilitation d’une croissance socio-économique durable, équilibrée et équitable. Le PIB ne s’en soucie pas tant qu’il y a production et consommation, et une augmentation des revenus et du revenu national. Mais pour le BNB, la croissance doit être équilibrée et équitable.
Le pilier suivant concerne l’intégrité de notre Mère Nature. Un sens de l’honneur pour son caractère sacré est nécessaire pour définir la relation entre l’espèce humaine et la Terre. Cette planète n’est pas seulement notre maison, mais aussi celle d’une variété infinie d’animaux, d’oiseaux et d’autres formes de vie. Prétendre que toutes ses ressources nous appartiennent et que nous pouvons les utiliser, les exploiter et en abuser est donc une attitude extrêmement irresponsable et irréfléchie. C’est pourquoi le BNB honore le caractère sacré de la planète Terre, du sol sur lequel nous marchons, de l’eau que nous buvons, de l’air que nous respirons, de l’oxygène que nous recevons et dont nous avons besoin, des odeurs, des sons, des images que nous recevons. Nous devons célébrer l’abondante variété de la Terre, que nos sens peuvent apprécier et dont nous avons besoin pour nous nourrir. Aujourd’hui, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations unies a déclaré un code rouge pour notre planète. Les experts du climat tentent de contrôler les émissions de carbone afin de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C. Mais cela sera-t-il possible sans l’aide de la communauté internationale ? Cela sera-t-il possible sans un changement du comportement humain, sans un sens des responsabilités ?
Le troisième pilier : notre culture, nos traditions, notre patrimoine, la manifestation de ce que nous sommes en tant que peuple, société et nation, propre à chaque pays du monde. La culture nous donne un sentiment d’unicité, d’identité, d’appartenance, d’intégrité et de respect personnel. La façon dont nous nous habillons, dont nous chantons, dansons, jouons, préparons nos repas, nos boissons, nos sports et nos jeux, notre art et notre architecture, nos valeurs, notre vision du monde, nos perspectives, nos idéaux, nos espoirs, nos rêves, nos peurs, nos superstitions – en fait un sens de ce que nous sommes ; le tangible et l’intangible, le manifeste et le subtil, l’objectif et le subjectif– tout cela, et plus encore, relève du domaine de la culture. Si nous perdons de vue ce que nous sommes, un jour, nous pourrions devenir un monde mono-culturel sans variété, beauté ou nuances. Au Bhoutan, nous vénérons notre culture – qu’il s’agisse de nos grands dzongs, des forteresses, des temples, des drapeaux de prière, de nos maisons, de nos chants et de nos danses… La culture est un élément extrêmement important de notre vision du BNB. Dans la mesure du PIB, la culture n’a de valeur que dans la mesure des revenus qu’elle apporte.
Le dernier pilier important est la qualité de la gouvernance, transversale à tous les autres piliers. Beaucoup de malheurs dans le monde émanent d’une mauvaise gouvernance ou d’une mauvaise gestion des affaires publiques. Dès 1627, le grand lama Zhabdrung Rinpoché, qui a unifié le Bhoutan en tant qu’État-nation, a déclaré que si un gouvernement ne s’occupe pas du bien-être de la population, il n’a pas le droit d’exister. C’est pourquoi le roi a clairement indiqué que la gouvernance devait être un instrument de service public et qu’elle devait gagner la confiance du peuple par ses actions. Le PIB ne tient pas compte de la qualité de la gouvernance et de ses implications sur l’environnement, la qualité de la vie quotidienne, la croissance holistique des humains et des non-humains, ou la durabilité future de la race humaine. La vision du BNB n’inclut pas seulement le bien-être de la génération actuelle, mais aussi celui des générations futures.

A. : Pourquoi considérez-vous l’éducation comme le secteur noble ?

T.S.P. : Quand j’ai débuté mon poste de ministre, le Bhoutan venait de s’ouvrir et j’ai choisi de travailler dans le secteur de l’éducation. Toutes les idées et tous les rêves qui ont donné naissance aux grandes civilisations du passé auraient pu servir de grandes fondations à notre propre civilisation ; les fondations religieuses, spirituelles, philosophiques, humanistes et artistiques auraient pu être notre force, nous guider. Mais dans notre monde qui se technologise, se matérialise et s’industrialise rapidement, il y a une course folle pour devancer tout le monde, pour parcourir le dernier kilomètre le plus rapidement possible avant tout le monde, et pour gagner de l’argent rapidement afin de réussir dans le monde matériel, en devenant aussi intelligent que possible !
Nous devons investir dans l’éducation avec sagesse ; l’éducation est bien plus que les connaissances et les informations disponibles aujourd’hui. Cela me rappelle la pièce de théâtre Dr Faustus de Christopher Marlowe. Aujourd’hui, nous disposons d’une science, d’un savoir et d’une technologie faustiennes, mais pas de musique faustienne. Faustus est allé trop loin. Mais sa qualité rédemptrice était son amour pour la musique !
Aujourd’hui, l’éducation est bien loin de ce qu’elle était à l’époque où elle était appelée le secteur noble. Je cite T S Eliot : « Toute notre connaissance nous rapproche de notre ignorance… toute notre ignorance nous rapproche de la mort… de la mort, mais pas de Dieu ». Mais je persiste à croire que l’éducation est, et devrait être, le secteur noble du bien public, doté de l’objectif de guérir les blessures, de soigner le monde brisé, d’apporter la lumière et d’élever. J’assigne à l’éducation la responsabilité de nous rapprocher de la vérité. Nous devrions attendre de l’éducation qu’elle ait pour objectif supérieur de nous rendre plus sublimes, d’élever l’esprit et la pensée de nos enfants.

A. : Que pensez-vous de l’éducation aujourd’hui ?

T.S.P. : Aujourd’hui, l’éducation a perdu la capacité de croire en un monde magnifique. Nous utilisons nos institutions pour répondre à l’appel du marché, des usines et des entreprises. L’éducation sert ces fonctions plutôt banales. Cependant, les entreprises commerciales ne sont pas nécessairement en phase avec l’amélioration ou l’épanouissement des êtres humains ou avec la réalisation de soi. Bien entendu, nous avons besoin des nations pour croître et nous développer financièrement. Mais la croissance financière peut-elle à elle seule rendre nos vies vraiment belles et joyeuses ? Rend-elle la société plus pacifique ? Le monde devient-il plus uni ?
Le système éducatif doit répondre aux besoins profonds, aux impulsions et aux aspirations de l’humanité. Il doit se préoccuper de l’intangible, tout en répondant à quelque chose d’aussi tangible que le marché et l’emploi.
Une éducation sans valeurs et sans moralité est dangereuse ; aujourd’hui, certaines des personnes les plus qualifiées sont impliquées dans des activités les plus destructrices du monde. Alors que nous essayons de les faire devenir intelligents et habiles, nous entendons très peu de gens dire : « Tu dois être un bon être humain… Tu dois honorer ta propre divinité et ton humanité… Tu dois être responsable d’une cause supérieure, de la société, de la nation et de la Terre Mère ». Aujourd’hui, nos institutions se contentent de remplir la fonction minimale consistant à compléter le programme d’études, à faire en sorte que les gens obtiennent leur diplôme, à décerner des grades, des certificats et des diplômes… Mais qu’advient-il de ces personnes par la suite ? Quel type de contribution peuvent-elles apporter à leur société ? Si l’éducation ne peut pas les rendre plus sages, alors aucun autre secteur ne peut le faire. C’est pourquoi l’éducation doit être élevée au rang de secteur noble qu’elle est censée être.

A. : Quelle est votre vision de l’éducation ?

T.S.P. : Mon concept « d’école verte » est une stratégie visant à restaurer cette fonction essentielle de l’éducation et à l’engager comme un instrument pour l’épanouissement de valeurs nobles au sein de la société et de l’humanité.
L’éducation répond à l’intellect ou à l’esprit pensant ! Mais les étudiants sont bien plus que leur esprit. Ma plus grande préoccupation en tant qu’éducateur a été de préserver l’intégrité de l’apprenant. Je dois éduquer la personne dans son ensemble. Je ne peux pas me contenter de considérer l’enfant comme un futur employé potentiel, ou comme un futur apporteur de revenus. Ce serait une approche réductionniste, minimaliste et injuste. Aujourd’hui, le processus d’enseignement et d’apprentissage doit prendre en compte les multiples dimensions qui composent la vie de nos enfants.
Notre planète est devenue un objet d’exploitation et de consommation ; c’est pourquoi nous avons ces pluies et ces inondations hors saison, ces tsunamis, ces feux de forêt qui brûlent des millions d’hectares, tuant et anéantissant la vie sous ses multiples formes… c’est tout à fait triste. Et nous avons déjà « éduqué » un nombre incalculable de personnes dans le monde entier.
Cependant, il est encore possible de regarder vers l’avenir, d’engager nos enfants, nos jeunes hommes et nos jeunes femmes sur le principe de la noblesse. Levez-vous… Réveillez-vous et avancez sur cette autre voie ! Dans le contexte du modèle de « l’école verte », le vert est une couleur, mais surtout une métaphore de tout ce qui soutient et entretient la vie dans toute son infinie variété, sous toutes ses formes. La préservation et la célébration de la vie sont donc un principe fondamental de l’éducation. Et lorsque nous construisons nos écoles, nos institutions et nos programmes d’études, nous devons nous assurer que ce véritable objectif de l’éducation et de l’apprentissage est présent.
Nous pouvons donc avoir une école verte, une maison verte, un parlement vert, un système judiciaire vert, un exécutif vert, une législature verte, une diplomatie verte, un commerce vert, une industrie verte, une planification verte, une exploitation minière verte, une orientation verte, des habitudes mentales vertes, des pensées vertes… tout ce qui soutient la vie.
Pour moi, l’éducation est doublement bénie. Elle bénit ceux qui la donnent et ceux qui la reçoivent.
L’éducation est un support important de nos rêves, de nos croyances et de nos idéaux. Sa réaffirmation en tant que secteur noble devrait nous faire traverser le côté ensoleillé de la rue et racheter l’humanité !

(1) BNB est la traduction de GNH Gross National Hapiness. L’indice de bonheur national brut est institué comme objectif du gouvernement du Bhoutan dans la Constitution du Bouthan , promulguée le 18 juillet 2008
Article traduit de la revue de Nouvelle Acropole en Inde

Voir sur Youtube

par la rédaction de la revue de Nouvelle Acropole d’Inde

À voir
Film

« L’école du bout du monde »

Ce premier long-métrage du cinéaste et photographe bouthanais Pawo Choyning Doriji invite à découvrir les aventures d’un instituteur bouthanais, invité à rejoindre la partie la plus reculée du pays pour y enseigner. Il s’éloigne de la ville et de la technologie, emprunte les sentiers de l’Himalaya pour découvrir une vie quotidienne rude mais la rencontre de villageois qui vivent selon les valeurs du Bonheur national Brut (indice institué en 1972 par le roi Jigme Singye Wangchuck et rajouté en 2008 dans la Constitution du Bhoutan) changera son destin.


1h 49 min
Sortie le 11 mai 2022
Avec Sherab Dorji, Ugyen Norbu Lendhup, Kelden Lhamo Gurung
© Nouvelle Acropole
La revue Acropolis est le journal d’information de Nouvelle Acropole

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