Écologie-Nature

Rencontre avec Cédric Beaudoin défenseur de la biodiversité

Un quart des oiseaux européens ont disparu en quarante ans. On assiste à un effondrement de la biodiversité des oiseaux (1). 
Cédric Beaudoin, président de l’association « Perchés de nature », œuvre pour la préservation de la protection, la connaissance et la sauvegarde de la biodiversité sur le territoire Nord du Perche ornais et eurélien.

Nous avons rencontré Cédric Beaudoin à la Cour Pétral dans le Perche à l’occasion du Jour de la Terre (2) où il animait une activité d’inventaire et de sensibilisation. Il nous a raconté son parcours et témoigné de son investissement dans la protection de la nature et la biodiversité.

Revue Acropolis : Quel est votre parcours et pourquoi avez-vous créé l’association ?

Cédric Beaudoin : Je suis naturaliste de métier, j’ai toujours travaillé dans les associations de protection de la nature. J’ai toujours étudié et protégé la nature, et de plus en plus on passe aujourd’hui du temps à sensibiliser les gens à cette nature, à ce qu’il y a autour d’eux. Ce, afin de pouvoir préserver et même créer de petits ilots de nature, qui sont noyés dans une mosaïque de milieux, souvent agricoles comme c’est le cas ici à la Cour Pétral. C’est donc pour cela que je suis ici ; et pour cela que nous avons créé cette association locale dans le Perche ornais qui s’appelle Perchés de Nature et a vocation à étudier et protéger la faune du Perche. Nous sommes localisés à Perche-en-Nocé. 

A. Quelles sont vos actions ?

C. B. : De fil en aiguille nous avons lié un partenariat avec le Parc Naturel Régional du Perche, avec lequel nous travaillons sur l’étude et la protection de la chouette chevêche, notamment par la pose de nichoirs qui a débuté cette année. Pour l’instant 75 nichoirs ont été posés dont deux ici, à la Cour Pétral. On les installe dans des lieux où cette chouette est en forte régression, pour aider ce rapace nocturne à coloniser à nouveau des milieux où elle a presque disparu. En découvrant la Cour Pétral et les micro-habitats qu’elle présente, alors même qu’elle est imbriquée dans un milieu agricole céréalier intensif, je me suis dit qu’il y avait des choses à repérer ici. De fil en aiguille, nous avons décidé de réaliser des inventaires pour avoir une idée plus précise de la faune présente sur place. Cela permettra de montrer qu’un petit ilot où il y a de l’activité humaine peut receler une diversité faunistique et floristique importante. Ces inventaires sont complétés par des animations de sensibilisation du public et nous le souhaitons par la création de supports de découverte et de conseils pour les activités menées ici et pour les personnes qui fréquentent le lieu. 

A. Pourquoi vous investir dans la protection de la nature ?

C. B. : Cela remonte déjà à très longtemps, malgré mon jeune âge (rires) ! J’ai toujours été passionné par la nature, la faune sauvage, et j’ai fait des études en lien afin de concrétiser cette passion dans un métier. Je participe d’associations de protection de la nature depuis 15 ans maintenant, et j’ai appris auprès d’elles. On apprend aussi beaucoup sur le terrain. Au fur et à mesure des sorties, du terrain, des études, je me suis formé et aujourd’hui j’arrive à un moment où j’aime transmettre ce que j’ai appris, à tous les publics, les anciennes comme les nouvelles générations, dans les écoles. Je m’attache à sensibiliser le plus possible, en Eure-et-Loir, en Normandie ou dans le nord de la France plus généralement.

A. : La biodiversité se dégrade. Quelle est votre expérience sur ce sujet ? 

C. B. : On ne va pas se le cacher, l’activité humaine dégrade l’environnement, les milieux naturels et lorsque l’on fait cela, on dégrade les populations des différentes espèces de faune et de flore. Aujourd’hui, alors que la plupart des gens sont sensibles à cette question, à force d’en parler, on arrive à mettre en place des solutions. Mais la dégradation est plus rapide que notre capacité à améliorer les choses. Il est difficile de faire évoluer les mentalités. On le sait bien, par exemple, même si on souligne souvent que l’impact de l’activité agricole telle qu’on la connaît aujourd’hui dégrade les milieux naturels et la biodiversité, il faut que les agriculteurs puissent vivre de leur activité. Et bien sûr, même si en tant que naturalistes on souhaite faire évoluer les choses, ce n’est pas possible rapidement ni sans aides. Donc on a besoin également d’un soutien politique, et au final tout ceci prend énormément de temps, d’énergie. 

A. : Avez-vous un exemple de vos observations sur le sujet ?

C. B. : On sait que les populations des espèces des milieux agricoles s’effondrent. Un bon exemple concerne les alouettes : là où avant, il y en avait cinq ou dix, aujourd’hui on en entend une, voire on ne l’entend plus du tout. Le déclin est très fort. Quand on entend encore des alouettes, on peut se dire que tout va bien, mais sur une période de trente ans, le déclin objectif est immense. On est sur un point de non-retour, et cela ne va pas s’arranger dans le futur. À contrario, des espèces se portent bien, comme les rapaces nocturnes. Il en reste certaines qui déclinent, comme la chouette chevêche dont on a parlé, car elle est très liée au milieu agricole, aux vergers, qui sont des milieux qui se dégradent ou disparaissent. C’est une espèce sédentaire, elle ne migre pas et reste sur son territoire, elle a donc de grandes difficultés à se disperser. La plupart des autres rapaces se portent bien : les buses, les faucons… Par exemple le faucon pèlerin, qui avait presque disparu, a recolonisé la France. Les busards sont encore en danger mais se portent mieux car ils sont protégés. Et on a pu assister à des réintroductions d’espèces qui ont porté leurs fruits. Donc protéger juridiquement aide concrètement les espèces. Si on arrive à protéger certaines espèces et certains habitats, la biodiversité reprend naturellement sa place. Les efforts peuvent être récompensés. Même si c’est une goutte d’eau dans l’océan, c’est déjà ça. 
Est-ce que cela veut dire qu’il va y avoir une mutation des populations de faune, avec certaines espèces qui seraient en surnombre et d’autres qui disparaissent ? 
Le surnombre n’existe pas dans la nature. Le surnombre de certaines espèces est toujours lié au regard humain. Dans la nature, tout finit toujours par s’équilibrer, les populations déclinent, remontent… en cycle. Et lorsque survient un surplus de population, des maladies apparaissent et cela régule l’ensemble. Donc le surnombre est toujours lié à une activité humaine. Par exemple, on parle souvent des cerfs, des sangliers, qui sont en surnombre actuellement. Pourquoi en surnombre ? Parce que cela impacte les activités agricoles ou sylvicoles.

A. : Quels sont les facteurs de mutation ?

C. B. : Au-delà de cela, l’impact du changement climatique joue également sur la répartition des populations de faune et de flore. Certaines espèces réussissent à s’acclimater, d’autres évoluent, d’autres enfin disparaissent. Les espèces nordiques par exemple peuvent disparaître de France, parce qu’elles s’adaptent et migrent vers le nord. On pourrait se dire que c’est mauvais signe, mais dans ce cas il faut réfléchir à une échelle plus grande que celle de notre territoire. La nature n’a pas de frontière. Ensuite, certaines espèces font évoluer leur comportement. Par exemple la fauvette à tête noire, un petit passereau, qui, il y a quelques années, était strictement migrateur et qui passait l’hiver dans le sud de la France. Aujourd’hui, au fil des hivers de plus en plus doux, elle reste de plus en plus sur place car elle trouve la ressource alimentaire nécessaire. Elle ne dépense alors plus son énergie à migrer. La migration est éprouvante et peut représenter un danger pour elle. Donc, ce changement de comportement lui est bénéfique et la population se porte bien, il n’y a plus de mortalité liée à la migration. Il ne serait pas étonnant de voir des hirondelles en hiver dans quinze ans. Aujourd’hui, on observe de plus en plus la présence d’hirondelles en hiver dans le sud de la France. 
Les espèces qui n’arriveront pas à s’adapter ou à changer de comportement seront impactées de plein fouet par les activités humaines et le changement climatique et seront vouées à disparaître. Les espèces que l’on appelle « généralistes » sont celles qui ont la meilleure capacité à s’adapter, et ce sont elles qui se portent le mieux. 

A. Un dernier mot sur votre association et ses activités ? 

C. B. : Nous sommes une petite association locale. Là où nous résidons, à Préaux-du-Perche, il y a un parc-nature qui est dédié à la nature. On peut s’y balader mais la gestion est tournée vers la nature. Donc nous avons une association pour aider la commune à inventorier la faune et la flore de ce lieu et à soutenir une gestion favorable à l’environnement. Les habitants ont très bien accueilli la démarche et ont été très dynamiques pour en savoir plus. Ainsi nous avons étendu nos activités. Nous mettons en place un comptage annuel des hirondelles sur la commune. Et nous faisons des animations et de la sensibilisation, au départ autour de chez nous et aujourd’hui, à plus de 70 km de la base. À partir du moment où la porte est ouverte, nous nous donnons les moyens de répondre à la demande. J’agis au mieux à mon échelle et lorsque les communes sont partantes, nous passons le relais aux associations plus grandes.

(1) Selon le rapport conjoint de l’Université de Montpellier et du CNRS, 20 millions d’oiseaux disparaissent par an, soit 800 millions en 40 ans
(2) Lire l’article sur Le Jour de la terre dans la revue Acropolis N°351 (mai 2023)
https://www.revue-acropolis.fr/jour-de-la-terre-mere-2023/
http://www.perchesdenature.sitew.fr/
À écouter en podcast
https://www.buzzsprout.com/293021/12858255-lutter-contre-l-erosion-de-biodiversite
Isabelle OHMANN
Formatrice en philosophie
© Nouvelle Acropole
La revue Acropolis est le journal d’information de Nouvelle Acropole

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