CultureRevue

Voulez-vous voyager à travers le temps ? Le pouvoir de la fiction historique.

Il existe de nombreuses fictions historiques mêlant à la fois des faits et des personnages historiques réels. Une occasion de vivre l’histoire telle qu’elle était ou sous le prisme de leurs auteurs, une partie de la vérité sur le chemin de la Vérité.

Depuis les débuts de la science-fiction, l’homme a toujours rêvé de construire une machine à voyager dans le temps.

Mais que diriez-vous si je vous disais que les machines à voyager dans le temps sont accessibles à tout le monde et qu’elles consomment encore moins d’énergie qu’un smartphone ? Je fais référence ici aux livres, et plus particulièrement aux livres de fiction historique. Non seulement ce sont des machines à voyager dans le temps, mais ce sont aussi des machines à voyager dans la conscience, car elles peuvent projeter notre conscience dans un corps qui a vécu à une époque et dans un lieu différent des nôtres.

Qu’est-ce que la fiction historique ?

La fiction historique est définie comme un genre littéraire qui se déroule dans le contexte d’événements historiques réels. En d’autres termes, elle raconte une histoire fictive sur quelque chose qui s’est produit à un moment donné de l’histoire humaine, intégrant souvent des événements historiques réels et des personnages historiques réels. Les livres de fiction historique repoussent les limites de notre conscience, nous permettant de découvrir une vision du monde à la fois étrange et étrangère. Ils nous font sortir de notre « aquarium mental », c’est-à-dire de l’ensemble des croyances et des coutumes que nous avons adoptées en ayant grandi à une certaine époque et dans un lieu spécifique.

Lorsque vous lisez des ouvrages de fiction historique, vous découvrez :

• Que vous êtes mystérieusement attiré par certaines époques et certains lieux dans l’histoire…

• Que c’est la meilleure façon d’apprendre l’histoire, car vous l’apprenez sans vous en rendre compte. Les personnages historiques ne sont plus des noms arides dans un livre d’histoire académique, mais des personnes en chair et en os que vous apprenez à aimer et/ou à détester. Vous apprenez également à voir ces personnages sous différents angles, en réalisant que les grandes figures de l’histoire (et peut-être tous les êtres humains) sont complexes et multifacettes.

• Qu’au-delà de nos différences, l’humanité est une. Nous pouvons éprouver de l’empathie pour un maçon romain, une concubine chinoise, un roi anglais, même si nous semblons n’avoir rien en commun avec eux. Nous réalisons que nous partageons quelque chose d’essentiel, quelque chose qui transcende le temps et l’espace.

• Que certaines valeurs sont universelles, et que le mal peut prendre de nombreuses formes, mais qu’il est essentiellement très similaire, et que si les gens sont nuancés et que les choses sont rarement noires ou blanches, certains comportements ont toujours été méprisés : la lâcheté, la trahison, la médiocrité, pour n’en citer que quelques-uns.

• Que les épreuves humaines sont universelles ; que tous les êtres humains ont connu le chagrin et la déception. Comme l’a écrit l’écrivain et militant des droits civiques américain James Baldwin : « Vous pensez que votre douleur et votre chagrin sont sans précédent dans l’histoire du monde, mais ensuite vous lisez. » Comme l’a enseigné Bouddha, la souffrance est inhérente à la vie, et la fiction historique rend cette vérité manifestement présente. Tous les êtres humains ont vu leurs rêves partir en fumée. Mais en même temps, les êtres humains ont également vu leurs rêves renaître comme le phénix de ses cendres, pour devenir encore meilleurs et plus grands.

• Que les moments les plus sombres sont aussi ceux où la lumière apparaît le plus clairement et où la vraie nature des choses se révèle dans les moments difficiles. C’est pourquoi l’un des contextes historiques les plus populaires pour la fiction historique est la Seconde Guerre mondiale. Sur fond des terribles événements de cette époque, même les petits actes de courage moral et de générosité brillent de mille feux.

• Que les grands événements historiques deviennent presque des mythes qui peuvent être racontés et répétés sous différents angles et par différents narrateurs, apportant à chaque fois un nouvel éclairage et nous aidant à découvrir dans ces événements quelque chose de vrai et d’éternel.

La fiction historique peut-elle déformer l’histoire ?

Mais les romans historiques reflètent-ils vraiment l’époque dont ils témoignent ou sont-ils le fruit de la fantaisie de l’auteur, faussant ainsi notre compréhension de l’histoire ?

Il est évident que prendre trop de libertés avec la fiction historique comporte des risques, surtout compte tenu de notre manque actuel de conscience historique. Les personnes qui n’ont pas reçu une éducation historique de base peuvent accepter les exagérations ou les inventions fictives comme étant la vérité historique, ce qui peut conduire à une mauvaise compréhension du présent.

C’est pourquoi la fidélité est une caractéristique essentielle d’un bon auteur de fiction historique : le désir d’être aussi fidèle que possible à la vérité historique, en tenant compte du fait que notre connaissance de l’histoire est naturellement limitée. Les bons auteurs de fiction historique effectuent des recherches minutieuses sur leur sujet ; ils connaissent parfois mieux l’époque sur laquelle ils écrivent que leur propre époque. Et leurs lecteurs ont tendance à être très exigeants lorsqu’il s’agit de la justesse des détails historiques.

Néanmoins, on pourrait soutenir que les préjugés de l’auteur déforment l’histoire et que lorsque nous lisons un roman historique, nous ne vivons pas vraiment l’histoire telle qu’elle était, mais plutôt l’histoire à travers le prisme de l’auteur. Cela est peut-être vrai, mais n’oublions pas que notre propre réalité historique, notre monde contemporain, nous est présenté à travers de nombreux prismes et perspectives, à tel point que nous ne sommes même pas sûrs de ce qui se déroule aujourd’hui.

Notre perception de la réalité est toujours une interprétation que nous et nos semblables élaborons. Nous faisons rarement l’expérience de la réalité telle qu’elle est, mais plutôt de notre version de la réalité, qui peut être plus ou moins déformée, selon notre capacité d’objectivité.

La fiction aurait-elle pu se produire ?

C’est pourquoi ce qui importe dans la fiction historique, ce n’est pas de savoir si l’histoire racontée s’est réellement produite, mais si elle aurait pu se produire. Dans une bonne fiction historique, on a l’impression que l’auteur n’imagine pas seulement l’histoire, mais qu’il s’en souvient en quelque sorte.

Toute fiction devient à un moment donné une fiction historique, tout comme chaque instant présent devient une partie de l’histoire. Ce que nous vivons aujourd’hui pourra sembler étrange et inconnu à nos descendants futurs ; aussi étrange que cela puisse paraître, nos croyances et nos systèmes seront un jour les vestiges d’un passé depuis longtemps oublié.

C’est une autre chose que nous apprenons en lisant des romans historiques : nos vérités ne sont pas absolues, elles ne sont que des étapes sur notre chemin vers La Vérité.

Gilad SOMMER
Nouvelle Acropole Royaume Uni
Crédits image : Adobe.stock.com N°925097329
Article extrait du site htpps://biblioteca.acropolis.org et traduit de l’anglais par Florent Couturier-Briois
© Nouvelle Acropole
La revue Acropolis est le journal d’information de l’école de philosophie Nouvelle Acropole France

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page