
Constatant la multiplicité et la gravité des crises que nous traversons, l’auteur, analyste jungienne, propose de lire L’Apocalypse de Jean comme le récit symbolique d’une destruction/reconstruction permettant l’émergence de nouveaux mondes.
L’homme est présenté comme étant, de tout temps, un être religieux, vivant immergé dans le sacré et dont la vie psychique est partie intégrante du réel. Il y a une réalité de l’âme, tant individuelle que collective.
Au-delà de l’homme, c’est l’univers entier qui est constitué de matière et d’esprit. Tenter d’évacuer cette spiritualité, au profit d’une matérialité objectivable, ne peut se traduire que par la manifestation violente d’un retour de refoulé.
L’univers, dans son immensité, est apparu et disparaitra. Il en va de même des animaux, des plantes, des hommes et des civilisations. Tout système porte en lui sa construction, sa transcendance – sa capacité à atteindre un niveau supérieur – puis sa propre destruction, sa capacité à mourir pour laisser place au renouvellement nécessaire à la poursuite de la vie.
De la voie impersonnelle à la voie personnelle
C’est ainsi qu’est introduit l’Apocalypse, tant comme récit, dans son historicité, que dans sa dimension symbolique, elle intemporelle. De la destruction d’une Babylone corrompue jusqu’à l’émergence d’une Jérusalem céleste, on assiste à la fusion d’êtres dispersés et multiples qui se réunissent dans l’unicité d’une communauté d’âmes tournée vers le bien commun.
Autour de cette aspiration vers l’unité, l’auteure aborde les différences entre les spiritualités d’Orient et d’Occident. L’une, la voie d’Orient, est qualifiée de voie « impersonnelle » tendant vers l’abandon de soi au profit de l’immersion dans l’Un, la goutte d’eau qui rejoint l’infini dans l’océan. Mais l’auteur reproche à cette voie une forme de négation de la personne, d’une maltraitance de l’ego que l’on ne trouve pas dans la « voie d’Occident ». C’est en effet en Occident que s’est développée la « voie de la personne », celle de l’émergence du sujet, de l’énoncé d’un « Je » et elle insiste sur l’importance et la singularité de ce développement.
Les crises majeures que nous traversons ne sont pas vues comme des événements cycliques dans un temps circulaire et fermé, mais comme une promesse de développement dans le temps inachevé d’une création à parfaire. Pour l’humanité, il s’agit d’accéder à plus de maturité d’être.
Alain GENSBURGER
Nouvelle Acropole Paris 5

Apocalypse, passage d’un monde à l’autre
Lily JATTIOT
Éditions Accarias L’origine, 2024, 222 pages,19 €
© Nouvelle Acropole




