
Qu’est-ce que la sagesse ? De connaissances a-temporelles, elle est devenue aujourd’hui un objet de recherche scientifique mais pour quel usage ?
Le concept de sagesse est profondément ancré dans l’histoire de l’humanité. Il a été considéré comme une vertu dans toutes les grandes traditions philosophiques et religieuses, de Pythagore à Platon, Aristote et Confucius, et du christianisme au judaïsme, à l’islam, au bouddhisme, au taoïsme et à l’hindouisme.
Mais bien que la littérature sur la sagesse remonte aux débuts de l’humanité, il semble que ce n’est qu’au milieu des années 1980 que les premiers travaux empiriques sur la sagesse ont vu le jour, avec le développement du paradigme de la sagesse de Berlin.
Cependant, ces dernières années, le nombre d’études liées à la sagesse a considérablement augmenté et, en 2016, l’université de Chicago a lancé le Center for Practical Wisdom (Centre pour la sagesse pratique) (1), où la sagesse est devenue « un sujet d’étude rigoureuse et de recherche scientifique ».
Sur quoi repose la sagesse ?
La sagesse repose sur de nombreux piliers et sa nature est si profonde et riche qu’aucune définition ne peut lui rendre justice. Mais elle est généralement associée à un jugement et à des choix éclairés, à l’empathie et à la bienveillance, à la connaissance de soi et à la capacité d’introspection, à une plus grande perspective et à la compréhension des effets à long terme, à un équilibre entre l’intérêt personnel et le bien commun, à l’importance accordée à la finalité plutôt qu’au plaisir, à une intuition du fondement des choses et, comme le disait Aristote, à la connaissance des fins qui méritent d’être poursuivies.
Pourquoi un tel intérêt aujourd’hui pour la sagesse ?
Il pourrait être intéressant de réfléchir aux raisons pour lesquelles la sagesse suscite soudainement un regain d’intérêt. Ursula M. Staudinger, psychologue allemande et professeur de sciences socio médicales et de psychologie à l’université Columbia, pense que cela est lié au pluralisme croissant de la société et au fait que l’amélioration du niveau de vie nous offre davantage d’options dans la vie.
Jusqu’au début du XXe siècle, la vie était beaucoup plus simple et nous n’avions pas à faire autant de choix. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à de multiples options dans tous les aspects de notre vie, et il est naturel que nous recherchions une forme de conseil pour prendre les bonnes décisions.
Dans le même temps, la mondialisation a rapproché des cultures différentes avec des systèmes de valeurs très divers, ce qui signifie que le cadre traditionnel qui permettait de se repérer dans la vie a été remis en question et n’est plus en mesure de fournir des repères certains.
Une des réactions à cette incertitude et à cette ambiguïté croissante a été le fondamentalisme, qui est une tentative de revenir à des règles limpides, manichéennes et faciles. L’autre réponse à ce même problème de notre époque postmoderne et déconstructiviste est la quête de la sagesse, dont l’un des attributs a été défini précisément comme la tolérance à l’ambiguïté et la capacité à prendre en considération des points de vue divers et à créer une synthèse.
Un autre aspect de notre époque moderne est que, grâce à l’augmentation de nos connaissances et de nos moyens technologiques, notre pouvoir d’action et l’impact de nos actions ont également augmenté à un point tel que nous pouvons désormais causer beaucoup de dégâts. Isaac Asimov a dit un jour : « Le plus triste aspect de la vie actuelle est que la science accumule des connaissances plus rapidement que la société n’accumule de sagesse. »
La recherche universitaire au service de la sagesse ?
Le philosophe britannique contemporain Nicholas Maxwel partage ce point de vue. Il a consacré une grande partie de sa vie professionnelle à défendre l’importance de la sagesse et l’urgente nécessité d’apprendre à en acquérir davantage. En 2003, il a fondé Friends of Wisdom, un groupe international de personnes sensibles à l’idée que la recherche universitaire devrait aider l’humanité à acquérir davantage de sagesse.
Sur le site web de Friends of Wisdom, il écrit dans son article, De la connaissance à la sagesse : nous avons besoin d’une révolution : « Nous avons besoin d’une révolution dans les objectifs et les méthodes de la recherche universitaire. Au lieu de donner la priorité à la recherche de la connaissance, le monde universitaire doit se consacrer à la recherche et à la promotion de la sagesse par des moyens rationnels, la sagesse étant la capacité de réaliser ce qui a de la valeur dans la vie, pour soi-même et pour les autres, la sagesse incluant donc la connaissance, mais aussi bien d’autres choses. Une tâche fondamentale devrait être d’aider l’humanité à apprendre comment créer un monde meilleur. Acquérir des connaissances scientifiques dissociées d’une préoccupation plus fondamentale pour la sagesse, comme nous le faisons actuellement, est dangereusement et dommageablement irrationnel. »
Je ne peux que souscrire à cette affirmation.




