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Edgar Morin, une lumière s’est éteinte, une grande voix s’est tue

Ce vendredi 29 mai 2026 Edgar Morin nous a quitté à l’âge de 104 ans. J’adresse une pensée chaleureuse à sa famille et ses proches pour la perte d’une présence si marquante.

J’ai eu l’honneur et le plaisir de rencontrer cet homme généreux et ouvert dans les années 80/90. Notre recherche anthropologique et notre intérêt commun pour Mircea Eliade nous avait permis de nous rencontrer. Il m’avait fait l’honneur de co-animer en 1987 un colloque sur « L’homme et la cité » et d’accepter par la suite des entretiens pour des publications que je dirigeais, en particulier un entretien sur la nécessité de réapprendre à dialoguer avec les mythes.

J’ai été profondément marqué par son ouverture d’esprit qui le rendait curieux de tout et faisait de lui un exemple vivant de la pensée décloisonnée qu’il a promue toute sa vie, refusant de stigmatiser qui que ce soit, et cherchant, au contraire, à intégrer les parties dans un seul Tout.

La notion de complexité, qu’il a longuement développée dans ses travaux, m’a paru essentielle pour la compréhension de la nature profonde de la réalité. Elle fut en son temps un bouleversement intellectuel non seulement dans le paradigme de la recherche scientifique, mais également dans la compréhension de l’être humain et des sociétés. Dès 1973, il écrivait : « Le glas sonne pour une théorie fermée, fragmentaire et simplifiante de l’homme. L’ère de la théorie ouverte, multidimensionnelle et complexe commence. » (1)  

Son œuvre monumentale en dénonçant la science close et en valorisant la rencontre des savoirs dans un esprit d’éclectisme, a non seulement introduit un nouveau paradigme de l’anthropologie fondamentale, mais a bel et bien réalisé une restructuration de la configuration générale du savoir.

Sur la fin de sa vie, sa critique lucide de l’époque tragique que nous vivons aujourd’hui n’empêchait pas l’espoir. Dans un article publié en 2024 (2), il constate que la pensée est devenue aveugle et que le climat de violence, d’incertitude, de sentiment d’absence de futur, empêche de penser l’ensemble. « Le progrès des connaissances est incapable de concevoir la complexité du réel et notamment des réalités humaines. Ce qui entraîne un retour des dogmatismes et des fanatismes, ainsi qu’une crise de la moralité dans le déferlement des haines et des idolâtries. »

Mais il rappelle en même temps que nous avons potentiellement la capacité à être fraternels, à sortir d’une vision mutilée de l’autre, consistant à ne voir chez l’autre que des défauts et des manques, et à nous attribuer toutes les qualités. 

Son dernier message est à l’image du résistant qu’il fut toute sa vie.  Aujourd’hui il nous faut entrer en résistance en commençant par la dimension spirituelle, qui est la source qui relie tous les êtres humains.

L’homme nous a quitté mais l’héritage demeure. Merci monsieur Edgar Morin.

(1) Edgar Morin – Le paradigme perdu : la nature humaine, Éditions Point Seuil – 1973
(2) Article d’Edgar Morin, Le progrès des connaissances a suscité une régression de la pensée, paru dans Le Monde, 22 janvier 2024
Crédit image : Wikipedia
Fernand SCHWARZ, anthropologue, philosophe, fondateur de l’école de philosophie Nouvelle Acropole en France
© Nouvelle Acropole
La revue Acropolis est le journal d’information de l’École de Philosophie Nouvelle Acropole France

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