L’hirondelle – un oiseau bénéfique

Même si une hirondelle ne fait pas le printemps, cet oiseau familier est associé dans l’inconscient aux cycles de la nature mais également à la bonne fortune.
En Europe, elle annonce le retour des beaux jours mais aussi les jours saints de Pâques. Pour l’auteur, elle est également associée à la rentrée des classes quand dans son village, commençaient les longs rassemblements – fort bruyants – sur les fils électriques. C’est sans doute pour cela que l’hirondelle est un des oiseaux les plus appréciés des humains et que tous les chasseurs respectent.
L’oiseau, objet de divination
Les superstitions et les préjugés qui sont à l’origine de la quasi-disparition du grand corbeau ou de la chouette ont protégé l’hirondelle. Autrefois les paysans pensaient qu’en détruisant un nid d’hirondelles, le lait de leurs vaches serait mêlé de sang, donc cela portait malheur. Une autre manière de dire qu’il ne faut pas détruire les nids.
Dans la Rome ancienne, la pratique de l’ornithomancie – la divination par l’observation du vol des oiseaux – considérait qu’avoir une hirondelle dans sa maison était un présage particulièrement favorable.
La pratique de l’observation du vol était déjà une pratique connue des Chaldéens en Mésopotamie, puis dans la Grèce antique. Platon parle de divination par signe, la distinguant de la divination inspirée des Pythies.
Les voyants grecs utilisaient de préférence trois espèces d’oiseaux. L’aigle qui était signe de force, la buse qui incarnait le bien et le mal et le vautour qui symbolisait la famille.
L’oiseau est ainsi le messager ailé des dieux puisqu’il partage le même espace.
Pour pratiquer son art, le voyant analyse le mouvement des oiseaux, leur vol, leur chant et en tire des prédictions. Si l’un d’eux vole haut en planant sans battre des ailes, le présage est positif. Si en revanche, il vole très bas et qu’il bat des ailes, le présage n’est pas bon. Une modeste hirondelle proche des hommes et des maisons, peut être associée à une haute pratique divinatoire.
Source de bonne fortune
Dans l’ancienne Chine, les hirondelles ne sont certes pas aussi populaires que les dragons mais elles sont sources de bonne fortune. Et cela permet d’éclaircir que le « potage au nid d’hirondelle « est préparé avec les nids d’une sorte de martinet mais c’est une autre histoire de gastronomie !
En Afrique, les ancêtres envoient des hirondelles pour porter chance à leurs descendants. Et les Indiens d’Amérique s’arrangeaient pour que les hirondelles nichent près du bétail car elles pouvaient donner l’alerte lorsque des loups ou des pumas s’approchaient. Il arrivait même que l’oiseau harcèle les prédateurs, ce qui rendait leur présence précieuse.
Ceci n’est pas sans rappeler l’épisode fameux des oies du Capitole, où Rome fut sauvée en 390 avant J-C d’une invasion des Gaulois par les cris des oies qui nichaient sur la colline.
En Égypte, revenant à chaque printemps, l’hirondelle dansait dans les cours des temples et sous les avant-toits des villages, son apparition annonçant la lumière du soleil et la renaissance.
Pour l’esprit ancien, elle n’était pas qu’un simple oiseau : elle incarnait le symbole de l’âme, un murmure venu de l’éternité, immortalisé dans le hiéroglyphe comme dans le mythe.
Le glyphe de l’hirondelle figurait souvent dans les textes magiques et sur les murs des temples, stylisé avec les ailes déployées en plein vol, suggérant à la fois grâce et mouvement.
Symbole de l’âme et de la vie renaissante
Dans le Livre des Morts égyptien, le défunt apprend à proclamer : « Je suis une hirondelle. Je suis la fille de Râ ». Dans cet enchantement de transformation, l’hirondelle symbolise le Ba, l’âme libre, virevoltant entre le monde des vivants et celui des dieux. Elle était particulièrement sacrée pour Isis, grande enchanteresse et pleureuse, déesse de la magie, de l’amour et de la résurrection.
Tout comme Isis prenait la forme d’un oiseau pour pleurer et ranimer son époux Osiris, on imagina l’hirondelle effleurant la proue de la barque solaire de Râ, saluant l’aurore lorsque le dieu-soleil émergeait des ténèbres. L’hirondelle devenait ainsi un emblème vivant d’espérance : messagère ailée d’une lumière nouvelle, d’une vie renaissante et d’un amour éternel.
Un oiseau migrateur qui revient chaque année au même endroit
Pourquoi avoir choisi de parler de notre Hirondo rustica, l’hirondelle de cheminée ? C’est parce que Hans Christian Andersen (1805-1875), romancier, dramaturge, conteur et poète danois, a rassemblé et diffusé de très nombreux contes, à la manière de Charles Perrault (1628-1703). Un des récits s’appelle La petite Poucette et raconte la migration d’une hirondelle et d’une petite fille en Égypte.
L’hirondelle au cœur du conte est un oiseau qui fait fi des frontières, c’est un oiseau migrateur. Il quitte nos régions à cause de la nourriture, les insectes devenant plus rares en hiver. Alors, dès le mois de juillet, les hirondelles se préparent au grand départ.
Brusquement un jour, le départ, des milliers s’envolent, tout en se nourrissant, volant relativement bas. Elles ne volent pas la nuit. Tous les soirs elles se posent et se reposent, pour redécoller aux premiers rayons du soleil. Il faut reprendre des forces car le pays de leurs grandes vacances est loin, à plus de 6 000 km ou plus puisque les hirondelles de Sibérie vont en Afrique du Sud à 12000 km de leur lieu de naissance. Celles de l’Europe, après la traversée de la Méditerranée, se retrouvent en Gambie, au Kenya, en Afrique du Nord. Chaque espèce a donc son lieu de villégiature préféré et c’est là qu’elle retournera chaque année. Miracle de fidélité, malgré les dangers car on pense que la moitié des hirondelles disparaissent dans les migrations.
L’hirondelle qui revient retourne aussitôt vers son nid « d’origine », un nid solide harmonieux confortable, très bien isolé. Le nid est constitué de petites boulettes de terre liées les unes aux autres, mêlant terre et leur propre salive, une des meilleures colles connues à ce jour ! Plus d’un millier sont nécessaires pour un seul nid et il faut une dizaine de jours pour son élaboration. Les nids adhèrent à un mur, à une paroi verticale et la technique est si efficace que le nid peut durer une dizaine d’années sans avoir besoin d’être reconstruit. Au fil des migrations, son propriétaire fera seulement des consolidations.
Détruire un nid d’hirondelle constitue un délit en France depuis la Loi du 10 juillet 1976.
Les couples d’hirondelles fidèles
Autre preuve de sa fidélité les couples sont stables et peuvent rester ensemble plusieurs années, et même si c’est la guerre durant la saison des amours, certains couples ont migré ensemble, presque en se tenant la patte. Il faut ajouter que même avec cette stabilité, la parade nuptiale du mâle est très importante, les femelles appréciant les belles voix et un répertoire varié.
On a pu déduire que l’espérance de vie d’une hirondelle est d’environ six ans, mais la grande majorité disparaît avant. Aux principaux facteurs de mortalité que sont les faucons éperviers et rapaces, les intempéries (le froid et la sécheresse) s’ajoutent maintenant la présence humaine et la dégradation de la nature, la disparition des insectes entraînant de fait celle des hirondelles.
Espérons que nous pourrons encore surveiller le retour du printemps et de celui de l’hirondelle pendant encore longtemps !




