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Le sens caché de la vie. Premier article : Qu’est-ce que la vie ?

La vie et ses différentes facettes a toujours préoccupé les philosophes : La vie continue-t-elle ? La mort existe-t-elle ? Que se passe-t-il lorsque nous quittons cette scène du monde ?

Une chose m’a beaucoup frappé c’est qu’à l’heure actuelle, il y ait tant de millions de personnes condamnées à mort. Nous devons tous mourir. Parfois, compte tenu du caractère quelque peu matérialiste de notre moment historique, nous pensons qu’il vaut mieux ne pas trop y réfléchir. Nous avons toujours l’impression que cela n’arrivera qu’aux autres ; pourtant, il est évident que nous naissons tous, que nous vivons tous et que nous devons tous mourir.

En tant que philosophe et en tant qu’être humain, je suis très étonné qu’il n’y ait pas une réflexion plus profonde sur ce qu’est la vie et sur son sens. Si des problèmes politiques et économiques affectent certains d’entre nous et pas d’autres, il y a un problème commun à tous, c’est le fait que nous allons tous mourir. C’est pourquoi, je trouve étrange que tant de millions de personnes ne songent pas sérieusement à s’interroger, ni à consulter les grands foyers de sagesse de l’Antiquité et les grands penseurs d’aujourd’hui, sur le sens et les fondements de tout cela.

Comment définir ce qui est vivant ?

Aujourd’hui, nous savons, d’une certaine manière, que tout est vivant. Auparavant, on distinguait les êtres organiques des êtres inorganiques, et aujourd’hui encore, on parle de chimie organique et de chimie inorganique.
Ainsi, si l’on nous pose la question, nous répondons qu’un être vivant est un chien, un chat, une personne, mais qu’une fenêtre, ou un morceau de bois, ne l’est pas. Pourquoi ?
Les recherches actuelles, recueillies au fil du temps, nous enseignent que la constitution de toutes les choses, de tous les êtres, repose sur des éléments communs : chimiques, relations physiques, thermiques, électriques, magnétiques, etc.

Je sais qu’il est très difficile de dire où est la vie et où elle n’est pas. On pourrait penser que si l’on caresse un chat, ou même si on le frappe, et qu’il ronronne ou miaule, alors il est vivant. Mais de même, lorsque je frappe le bois, il y a un son… un son qui surgit de ce vieil anneau étrusque qui frappe et du bois ; ce son est la voix du bois. Et si on le pliait ou si on le cassait, ce bois ferait un « craquement », qui est le cri d’agonie d’un être qui meurt.
D’un point de vue philosophique, nous ne pouvons pas différencier ce qui est vivant de ce qui ne l’est pas.

Rien n’est absolu et tout est relatif

Une des leçons de la philosophie classique est de ne pas raisonner avec des absolus : dans ce monde, tout est relatif. Il n’existe rien d’absolument grand ni d’absolument petit ; il n’y a ni noir ni blanc, rien qui possède des caractéristiques absolues.

Une chose n’est ni mauvaise ni bonne en soi, mais dépend de l’usage que l’on en fait ; un couteau, par exemple, entre les mains d’un de ces agresseurs qui sévissent dans les rues, est un instrument de mort, d’oppression. Pourtant, entre les mains d’un chirurgien, le couteau est un élément bénéfique, de salut. Alors, le couteau est-il bon ou mauvais ? C’est relatif.
Si nous commençons à considérer les problèmes de la vie avec ce critère, nous arriverons probablement à des conclusions qui ne seront peut-être pas parfaites, mais qui seront humaines et nous aideront à vivre.

Et voici le premier problème qui se présente à nous : qu’est-ce que la vie ? Ces caractéristiques que nous attribuons aux êtres vivants sont des propriétés des êtres vivants, mais pas de la vie elle-même.

La vie n’est pas le vivant

Platon fait une distinction entre le beau et les choses belles. Imaginons un jardin ; nous voyons une statue, une personne, et nous disons que ce jardin, cette statue et cette personne sont beaux. Pourquoi ? Parce qu’ils participent de l’essence du beau. Autrement dit, « le Beau » serait une Essence, un Être qui transcende toutes les manifestations, qui ne fait que s’y refléter ; à travers ses manifestations, nous le découvririons, même si, comme le sable, il nous échappe des mains, et plus nous le serrons dans nos mains, plus il nous échappe.
Ainsi, nous pouvons en déduire que tout ce qui nous entoure est vivant.

La vie elle-même, selon les philosophes antiques, s’exprime comme une activité, une bande d’activité ; tout ce qui se trouve à l’intérieur de cette bande est, dit-on, vivant, et ce qui n’atteint pas cette bande d’activité aurait une vie différente que nous ne pouvons parfois pas comprendre exactement.

Si Dieu existe, si les dieux existent, ils seraient vivants, mais dans une autre dimension, différente de celle dans laquelle nous sommes. Ils existeraient à un niveau de conscience différent et dans un ordre temporel différent.

Le temps également est très relatif ; pour un petit insecte, quelques heures représentent peut-être toute sa vie ; pour une étoile, notre existence humaine n’est qu’un instant. C’est pourquoi les mesures du temps sont également très relatives. Et c’est au sein de ces relativités que nous devrions trouver le sens caché de la vie.

Les perceptions de ce qu’est la vie sont multiples

Qu’est-ce que la vie ? Pourquoi existe-t-elle ? Et plus encore : que nous permet-elle de faire ? Comment se manifeste-t-elle ? Il existe différentes doctrines, différents enseignements.

Il y a des théories matérialistes qui affirment que la vie est apparue par hasard, que la collision de certains éléments inanimés a produit l’étincelle de la vie lorsqu’ils sont entrés en contact, et que cette étincelle se perpétue.
D’un point de vue philosophique, cette théorie n’est évidemment pas très solide, car… qu’est-ce qui provoque le hasard ? Nous pourrions répondre que rien, mais… rien peut-il faire bouger quelque chose ? C’est impossible.

Tout ce qui bouge doit avoir un moteur, quelque chose qui le mette en mouvement, même s’il s’agit d’un moteur comme celui d’Aristote, qu’il concevait comme immobile par rapport à tout ce qui bougeait ; car les rapports de vitesse sont aussi très relatifs.

D’autre part, les croyances religieuses nous transmettent l’idée d’un Être cosmique, supérieur, souvent personnifié, qui insuffle la vie à ses créatures. Mais… qui a créé cet Être, Dieu, les dieux ou quel que soit le nom que nous voulions lui donner ? Il est très difficile d’appréhender cette connaissance avec notre mental.

Il y a un enseignement que m’ont donné mes vieux Maîtres, qui, je crois, nous est utile à tous : il s’agit d’imaginer que notre mental, notre mental concret et non notre mental supérieur, est une sorte de tasse ou de cuillère ; si nous plongeons cette cuillère dans un verre d’eau, nous en retirerons un centimètre cube d’eau, et si nous la plongeons dans l’Océan Pacifique, nous en retirerons également un centimètre cube d’eau. En d’autres termes, le problème n’est pas de savoir quel est le domaine dans lequel nous faisons nos recherches, mais plutôt d’élargir notre champ de conscience afin de pouvoir recueillir de plus en plus, de pouvoir comprendre de mieux en mieux. C’est un travail individuel.

Préparer ensemble la rencontre avec nous-mêmes

La philosophie acropolitaine propose une croissance individuelle. Pour y parvenir, nous nous réunissons pour être ensemble, pour échanger, créer une œuvre scientifique ou littéraire ou bien, comme nous le faisons actuellement, pour écouter une conversation presque informelle sous forme de conférence. Mais au-delà de ce partage, la finalité est la recherche et la rencontre de chacun d’entre vous avec vous-mêmes et avec vos problèmes.

Seules les rencontres intérieures vous apporteront l’assurance dont vous avez besoin ; tout le reste, d’une manière ou d’une autre, ce sont des croyances, et je ne parle pas seulement de l’aspect religieux.

Ce que l’on voit de la vie, ce que l’on croit, ce qui existe

Les matérialistes se moquent de l’existence des esprits de la Nature, des anges ou des dieux. Quel est leur argument ? Qu’ils ne les ont jamais vus. À cela, la réponse philosophique est très simple : avez-vous déjà vu un atome ? Avez-vous déjà mesuré la distance entre la Terre et la Lune ? Avez-vous déjà visité le Japon ? Je peux donc également mettre en doute l’existence des atomes, la distance entre la Terre et la Lune ou la réalité du Japon.

En général, à quelques exceptions près, aucun d’entre nous n’a fait une expérience personnelle et directe de ces choses. Nous y croyons tout simplement, nous l’acceptons, comme nous acceptons l’existence de Troie. Dès lors, il n’est pas si difficile d’accepter comme hypothèse de travail l’existence d’Êtres intelligents, bien qu’invisibles, qui gèrent d’une manière ou d’une autre la vie, même si nous ne les voyons pas.

Un homme de l’époque carolingienne ne pouvait pas non plus voir les microbes ni aucune bactérie ; pourtant, à cette époque, des épidémies ravageaient l’Europe, et ces germes existaient, même si on ne les voyait pas. Il existe peut-être des Êtres qui animent ou manipulent la Force de la Vie, même si nous ne les percevons pas directement, mais seulement à travers leurs effets, car généralement nous percevons les choses par leurs effets. Si je laissais tomber maintenant le microphone, il tomberait. Auriez-vous alors vu la « loi de la gravité » ? Non, vous auriez vu un microphone tomber, rien de plus. La masse de la Terre, bien supérieure à celle du microphone, a provoqué sa chute. Nous avons vu l’effet d’une loi naturelle, mais nous n’avons pas vu la loi elle-même.

Ce que nous voyons de la vie, ce sont des manifestations extérieures. En suivant ce raisonnement, qui peut alors nous assurer que nous n’avons pas existé avant d’être ici, sur ce plan et que nous cesserons d’exister quand nous ne serons plus ici ? D’un point de vue logique et philosophique, nous ne saurions nier l’existence d’une vie continue, d’un flux en constante manifestation.

Certains peuvent penser que tout cela a une durée limitée, et que ce n’est que l’addition de milliers et de milliers d’années. Peut-être, mais pour nous, c’est une éternité. Comme lorsque les anciens livres orientaux nous parlent des Manvantara  (1) et des Pralaya (2), pour nous, ce sont des éternités, même s’ils ont une durée estimée, réelle ou non, en années.

Un grand être vivant intelligent et en mouvement

Les anciens pensaient que toutes les choses manifestées se trouvaient à l’intérieur d’un grand Macrobios, d’un immense Être vivant que les hindous appellent Brahma, qui se réveille et qui dort, qui se réveille et qui dort… La même histoire existe en Occident avec le Roi du Monde, qui se réveille également à une certaine période et dort à une autre. Apparemment, il existe quelque chose de continu que nous voyons comme discontinu parce que nous fixons notre attention sur un point ou sur un autre.

C’est pourquoi les philosophes de l’Antiquité disaient que tout cet Univers n’est pas le fruit du hasard. Les platoniciens et les néoplatoniciens nous ont également parlé de cet immense Être vivant, dont l’Univers fait partie, qui fonctionnerait, d’un point de vue physique, comme les organes, les tissus ou les cellules, en le comparant à notre corps. De même, dans l’Univers, les galaxies, les soleils, les planètes ne seraient rien d’autre que des parties vitales de ce grand Être qui est en marche, qui vient de quelque part et va vers quelque part.
Si nous nous débarrassions de nos préjugés, nous verrions que toute chose est en marche.

L’Univers, d’une manière ou d’une autre, que ce soit selon les théories modernes du Big Bang ou les anciennes théories religieuses qui affirmaient qu’il était né d’une partie du visage de Brahma ou qu’il avait été créé par un Dieu particulier, a eu un commencement. L’Univers est en mouvement.

Les Anciens pensaient – et nous, philosophes, pouvons corroborer cette idée par notre propre réflexion – que ce que les hindous appelaient Sadhana, le sens de la vie, existe parce qu’il est présent chez tous les êtres vivants.

Fin de la première partie

(1) Dans les enseignements hindous, période de manifestation de l’univers
(2) Période d’obscuration et de repos de l’Univers
Jorge Angel LIVRAGA
Fondateur de l’Organisation Internationale Nouvelle Acropole (O.I.N.A.)
Extrait d’une conférence donnée par Jorge Angel Livraga en octobre 1987
Traduit de l’espagnol par Denis Abeille du site : https://biblioteca.acropolis.org
Crédit photo : Vénus Pandemos (terrestre) – Roseraie du Jardin des Plantes – Wikipedia.
© Nouvelle Acropole
La revue Acropolis est le journal d’information de l’École de Philosophie Nouvelle Acropole France

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